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Après une Lucrèce Borgia déchirante incarnée par la touchante Béatrice Dalle, les traditionnelles fêtes nocturnes du château de Grignan reviennent à un registre bien plus léger en dégainant la cartouche du vaudeville. Didier Bezace réunit trois courtes pièces de Feydeau (Léonie est en avance, Feu la mère de Madame et On purge bébé) reliées par une fil conducteur pour le moins inattendu : le diable. Colorant ce triptyque d’une pertinente teinte fantastique, l’ancien directeur de la Commune dirige impeccablement sept brillants acteurs-caméléons.

En grand satiriste des mœurs bourgeoises de son temps, Feydeau n’y va pas par quatre chemins et dézingue méchamment mais avec une grande tendresse pour ses personnages la bonne société du second Empire. Singulièrement centrés sur la guerre des sexes et la répartition des pouvoirs entre hommes et femmes, ses vaudevilles décapent aussi bien les lubies de la maternité (Léonie…) que le rapport à la mort et à la belle-famille (Feu…) ou les divergences d’éducation (On purge…).

Monter intelligemment du boulevard relève bien souvent d’un casse-tête. Didier Bezace relève le défi en éclairant ces pièces d’une lueur inquiétante. L’élément perturbateur (toujours incarné par Philippe Bérodot, cartoonesque et salace à souhait), qu’il soit sage-femme sans-gène, valet étourdi ou enfant récalcitrant se transforme concrètement en un diablotin farceur et démiurge dont il est impossible de se dépêtrer. L’idée s’avère payante puisqu’elle crée une cohésion loin d’être artificielle en soulignant la rigoureuse mécanique du genre.

D’ailleurs, la scénographie appuie ce recours au fantastique dans la mesure où le décor unique se présente comme une grande boîte à surprises renfermant une foule d’objets dans ses tiroirs. Cet imposant tréteau de bois incliné enchante par son ingéniosité : tour-à-tour salle à manger puis lit disproportionné ou bureau, il évite une machinerie trop lourde. La concentration scénique permet par contraste d’accentuer les déplacements incessants des personnages qui se révèlent amples dans leurs mouvements, facilités par la belle superficie de la façade du château de Grignan.

Ramassant sa distribution sur sept comédiens, Bezace a eu le flair et la délicatesse de permettre à chacun d’entre eux de se tailler alternativement la part du lion et de varier les plaisirs, les registres et les gammes de jeu pour notre plus grand bonheur.Océane Mozas et Lisa Schuster se régalent en bonnes étrangères mi-paumées, mi-insolentes ; Clotilde Mollet campe une belle-mère couveuse puis une mère bornée et franche avec un abattage savoureux ; Luc Tremblais est un futur papa un peu pataud mais très sympathique puis une domestique survoltée à mourir de rire ; Thierry Gibault effraie en père flambeur aux tics prononcés et surprend en homme d’affaires dépassé. Enfin, Ged Morlon s’avère parfait en mari fêtard et en patron éberlué.

Dans l’ensemble, le rythme s’avère haletant même si un entracte n’aurait pas été du luxe. Bien que chaque pièce dure seulement quarante minutes, enchaîner le triptyque sans temps mort est légèrement indigeste. Quelques maladresses aussi dans les transitions un peu cheap avec des grondements de tonnerre peu inspirés.

En somme, trois Feydeau hauts en couleur et bénéficiant d’une troupe de comédiens formidablement polyvalents. Didier Bezace s’est entouré d’une équipe de choc et propose un spectacle divertissant et estival bien sympathique ! ♥ ♥ ♥ ♥

© Nathalie Hervieux
© Nathalie Hervieux
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