Déjà six ans qu’Un fil à la patte déclenche des tempêtes de rire au Français. Succès emblématique de la maison de Molière, le chef-d’œuvre de Feydeau galvanise toujours autant les foules et réunit petits et grands dans une même communion des zygomatiques. Sous la houlette millimétrée de Jérôme Deschamps et porté par un Christian Hecq explosif en paria à la De Funès, ce travail de troupe exemplaire concentre l’essence du savoir-faire de cette vénérable institution. Un divertissement de luxe !

Ce pauvre Bois d’Enguien (excellent Stéphane Varupenne, complètement pris de court) ne sait plus où donner de la tête. Forcé de rompre avec Lucette (virevoltante Florence Viala à l’accent titi), sa cocotte-chanteuse collante, afin d’épouser Viviane, la fille de la Baronne qui a justement décidé de convier Lucette à donner de la voix pour célébrer l’union des deux jeunes gens, le jeune homme va vivre une journée éprouvante…

Jérome Deschamps imprime une marche d’enfer à ce feu d’artifice ininterrompu ou presque (le dernier acte s’avère longuet et un brin poussif) qui permet aux acteurs du Français de déverser une synergie gaguesque imparable et drôlement communicative. Feydeau a bichonné tous ses personnages y compris les seconds rôles les plus anecdotiques : de la vieille fille gourmande (régressive Claude Mathieu) en passant par la prof d’anglais à l’ouest (exubérant Guillaume Gallienne, digne héritier de Tootsie), l’ami puant (fantasque Serge Bagdassarian) ou le général espagnol un peu trop entreprenant (sacré travail d’élocution entrepris par Thierry Hancisse).

Cependant, un rôle se démarque réellement et a permis de révéler le talent clownesque d’un membre de la troupe : Christian Hecq domine la distribution en clerc de notaire empoté aux mimiques absolument renversantes. La salle s’écroule de rire à chacune des apparitions et le rôle paraît avoir été crée sur mesure pour ce personnage hors-norme. Bondissant, dégringolant les escaliers comme pas un, la véritable victime de ce vaudeville, c’est bien Bouzin ! Attirant les ennuis comme un aimant, Hecq s’en donne à cœur joie.

Difficile de monter un vaudeville en se démarquant d’une mise en scène entre guillemets classique à moins de sombrer dans une vision noire de la pièce. Deschamps s’écarte de ce penchant contemporain pour s’attarder sur l’émulsion joyeuse et festive du groupe.

Offrant ainsi un spectacle de grande qualité et généreux, le metteur en scène a su diriger avec doigté ses comédiens. Convivial et énergique, ce Fil à la patte a encore de beaux jours devant lui. ♥ ♥ ♥ ♥

© Brigitte Enguerand
© Brigitte Enguerand