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Après avoir sacrément dépoussiéré le genre de l’opéra-bouffe la saison dernière au Châtelet avec La Pietra del paragone de Rossini, le duo Pierrick Sorin/Giorgio Barberio Corsetti s’attaque à un plus gros morceau : La Belle Hélène. La parodie antique d’Offenbach est servie à merveille par le tandem, toujours aussi facétieux, insolent et culotté. Un divertissement haut de gamme à ne pas rater.

Dans La Belle Hélène, Offenbach se plait à singer les mœurs de son temps en caricaturant la bourgeoisie sous les traits de héros mythologiques. S’inspirant de la Guerre de Troie, le compositeur fustige le mariage et sa morale contraignante ainsi que le clergé et érige l’adultère comme principe libératoire.

Le vidéaste et scénographe Pierrick Sorin et le metteur en scène Giorgio Barberio Corsetti se sont lancés dans cette grande aventure en accentuant les gags et les anachronismes de l’opéra-bouffe : la compétition intellectuelle entre les rois de Grèce ressemble à nos jeux télévisés ; les lunettes de soleil et les maillots de bain envahissent l’acte III, Ménélas se transforme en cousin de Tom Cruise dans Top Gun en s’envolant à bord d’un avion tandis que Pâris s’échappe avec sa Harley Davidson… Bref, on nage en plein délire potache et la magie fonctionne comme d’habitude grâce au savoir-faire des deux artistes.

On retrouve le procédé du compositing ou création d’effets visuels en directs qui superposent décors et chanteurs. Spécifique à Sorin, ce langage crée un film d’animation sous les yeux du spectateur. Les idées fusent, l’irrévérence aussi comme le « rêve » d’Hélène avec le fantôme de Paris ou bien le tableau vivant représentant les parents de la princesse de Sparte avec un cygne farceur et une Léda langoureuse. À la différence de La Pietra où les personnages était en nombre très réduit, la surabondance numérique de La Belle Hélène engendrent parfois une confusion rétinienne gênante mais le résulte se montre globalement toujours autant addictif.

Du côté de la distribution, la révélation de la soirée se nomme Kangmin Justin Kim. Avec sa voix de fausset juvénile, le contre-ténor au look kawaï et à la chevelure peroxydée apporte toute sa fraîcheur survitaminée au rôle d’Oreste. La mezzo-soprano Gaëlle Arquez s’en tire honorablement en Hélène mais manque de piquant et de sensualité. Merto Sungu campe un Pâris roublard à souhait et attachant tandis que Jean-Pierre Lafont est irrésistible en vieil augure vénal et libidineux. Enfin, Gilles Ragon se distingue dans la partition difficile de Ménalas, le cocu bêta !

Avec cette Belle Hélène, le Châtelet achève ainsi  sa saison sous le signe de la détente de qualité. Aux manettes d’une machinerie scénique et vidéo toujours aussi efficace, Sorin et Corsetti amplifient la portée bouffonne de la composition offenbachienne avec un imparable abattage. ♥ ♥ ♥ ♥

© Marie-Noëlle Robert
© Marie-Noëlle Robert
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