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Dans le cadre du Festival Ambivalence(s), Jeanne Candel et Lionel Dray ont conçu une performance fantasque et intrigante dans la belle chapelle de Notre-Dame de Soyons. Dans Dieu et sa maman, le duo interroge la vie de couple, ses élans et ses ressentiments, dans un format court qui multiplie les happenings choc et désacralise la sainte notion d’amour. Férocement jubilatoire malgré certains passages ardus à comprendre.

Des barques dans une église déconsacrée pour tout décor. Peut-être une métaphore de la galère dans laquelle vont s’embarquer nos deux zigotos. Elle, se terre dans le silence ; lui, plus bavard, enchaîne les cigarettes. Dieu et sa maman débute par la déconstruction littérale d’une maison de poupée, avec perceuse en renfort, qui finira d’ailleurs incendiée. Le ton est donné : la destruction et la mort règnent en maîtresses absolues, cependant teintés d’un humour corrosif. Un petit cercueil descend du ciel ; on sort les haches à la fin pour décloisonner et défoncer les parois pour mieux se retrouver ensuite.

Jeanne Candel et son acolyte Lionel Dray se sont clairement amusés pour cette performance. On connaît l’esprit potache, baroque et déroutant du collectif de La Vie Brève. Réduits à seulement deux membres, les échanges se révèlent donc concentrés et frontaux. Constitué de micro-séquences plus ou moins heureuses et compréhensibles, le spectacle de quarante minutes enchaîne des instants ludiques et cruels où le désir s’accouple à la gaminerie et aux pulsions morbides.

Les deux artistes ne cessent d’étonner avec finalement très peu de moyens.  Le résultat est à leur image, de bric et de broc mais tout de même pensé et construit. Des bouteilles d’oxygène pour réapprovisionner des poumons à sec après des baisers étouffants, une séance d’avion télécommandé qui s’échappe par les fenêtres, de l’argile verte et boueuse à visée intimidante, ou encore un repas bancal avec découpage de tomates et beurre fondu allègrement répandu sur les mains pour soigner des blessures.

Il faut donc accepter de lâcher prise pour pleinement savourer ce dynamitage en règle des relations amoureuses qui repose sur une série d’événements loufoques mais une fois reconstruits plutôt pertinents. Du Candel pur et dur ! ♥ ♥ ♥

© Jean-Louis Fernandez
© Jean-Louis Fernandez
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