donjuanrevientdeguerre

À l’Athénée, Jacques Osinski célèbre le centenaire de la Grande Guerre en montant Don Juan revient de guerre de von Horváth. Malgré une mise en scène d’un raffinement stylisé et une éclatante distribution féminine, le metteur en scène familier du dramaturge hongrois patauge et livre un travail trop scolaire et languissant pour dynamiter un texte déjà bien daté.

En 1937, von Horváth reconfigure le mythe de Don Juan popularisé par Molière et Mozart en anti-héros blasé et rescapé de la guerre de 14-16. Sérieusement amoché, l’éternel séducteur pense que le traumatisme des champs de bataille l’a métamorphosé mais cette illusion s’ancre dans un monde dévasté et vaincu qui aspire à une renaissance sur le point d’éclore. Totalement léthargique, ce protagoniste sans nom propre continue de faire tourner la tête aux femmes mais semble bien loin d’une quelconque opération de charme. Obnubilé par le fantôme de sa fiancée (dont il ignore le décès), il part sur ses traces tel un zombie mué par une idée fixe et dont le dénouement achèvera de le projeter dans les limbes du désespoir. Le libertin en quête de rédemption, vaincu par ses vieux démons, sera puni pour son inconstance…

Jacques Osinski s’attelle à une partition un peu poussiéreuse qui peine à déclencher une quelconque empathie ou un profond intérêt. Les errances du soldat-épicurien paraissent bien éloignées de nous. Alexandre Steiger se montre trop monotone dans son interprétation du rôle-titre pour pouvoir signifier une évolution dans sa trajectoire dramatique. Sa belle prestance magnifiée par un superbe caban long olive ne résout pas le souci de cette constante posture de convalescent souffreteux et pseudo torturé. Les femmes, elles, tiennent la dragée haute : qu’elles incarnent une concierge, des bourgeoises, des adolescentes ou des religieuses, les comédiennes en présence pétillent et insufflent à la représentation une dimension sororale harmonieuse. Citons-les toutes : Caroline Chaniolleau, Noémie Develay-Ressiguier, Delphine Hecquet, Agathe Le Bourdonnec et Alice Le Strat. Jean-Claude Frissung, le seul autre homme de la troupe, régale en grand-mère acariâtre.

Au niveau rythmique, Osinski raffole des fondus au noir entre chaque saynète, ponctuée de musique. Ce système mécanique pollue la fluidité du spectacle, tout comme le va-et-vient lassant entre le lever et le baisser de rideau. Cependant, l’élégante scénographie de maison de poupée conçue par Christophe Ouvrard enchante, relevée par les magnifiques lumières de Catherine Verheyde. Il suffit d’une pluie de flocons lors de la scène finale pour se croire dans une immense boule de neige.

Osinski exhume donc un texte peu mis en scène du génie hongrois avec une application proprette dommageable. Cette version manque de piquant, d’alacrité et de souffle pour passionner de bout en bout. Restent de superbes interprètes féminines et un travail scénographique d’une exquise finesse.  ♥  ♥  ♥

© Pierre Grobois
© Pierre Grobois
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