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Au Théâtre Montparnasse, les mamies ont la cote ! Jean-Paul Muel réunit un quatuor d’actrices septuagénaires et plus (mais chut, respectons leur coquetterie) dans Les Grandes Filles, une comédie politiquement incorrecte qui ne se prive de rien et dresse un truculent portrait de retraitées actives et attachantes. Succulent et irrésistible.

Les saisons rythment le quotidien de nos quatre Grandes Filles : Saint-Valentin, fête des mères, bal des pompiers ou Toussaint, toutes les occasions sont bonnes pour nos chipies de se retrouver. Question commérages, blagues et vacheries, elles s’y connaissent nos Taties Danielle et pas qu’un peu. La comédie de Stéphane Guérin, sacrément irrévérencieuse n’y va pas par quatre chemins et se montre volontiers trash et excessive mais les rires surgissent en rafales. En peignant une sororité du troisième âge aux cultures et aux religions contrastées, le dramaturge insiste finalement sur la volonté du vivre ensemble et des bienfaits de la camaraderie.

Quatre portraits de femmes bien trempés se côtoient donc : Mme Zakko, la témoin de Jéhovah radine et férue de danse ; Mme Xénia, la juive cheftaine et farceuse ; Mme Yvonne, la catholique lesbienne adoratrice des robes à fleurs et Mme Khader, la musulmane toujours soucieuse avec son petit-fils kamikaze… Prétexte bien sûr à dézinguer allègrement les différences religieuses avec un humour grinçant particulièrement bien senti.

En centrant sa pièce sur des harpies méchamment âgées et allumées, Guérin proclame un hymne à la vieillesse : loin de se morfondre nos mémés font de chaque instant une fête et comptent bien en profiter jusqu’au bout. Comment ne pas hurler de rire lorsque la lunaire Édith Scob proclame son besoin urgent de déposer sa petite crotte dans un cimetière ou lorsque Judith Magre se met à lancer des cailloux et du pain à des enfants le jour de la rentrée des classes comme s’ils étaient de vulgaires pigeons ? Claire Nadeau campe une catho sourde et portée sur la bibine absolument réjouissante tandis que Geneviève Fontanel séduit en grand-mère hypocondriaque. Quatre actrices éblouissantes de drôlerie et qui semblent s’amuser comme de petites folles à jouer les mégères…

Néanmoins, cette comédie réserve aussi des moments d’introspection bien plus émouvants : la bande se sépare pour permettre à chaque personnage de nous livrer un monologue sous forme de bilan, à la fois pudique et terriblement fort. Mme Khader raconte sa séquestration menée par son père : Mme Yvonne évoque la prise de conscience de son homosexualité ; Mme Zakko narre son mariage, ses envies de danse et sa phobie de ne plus être reconnue tandis que Mme Xenia se remémore une enfance marquée par le trauma de la Guerre et ses horribles foies hachés que sa mère tentait obstinément de lui faire avaler. Ces apartés cassent assez brillamment la dynamique plurielle du groupe pour s’envoler vers une réflexion sur le temps qui passe judicieusement amenée, offrant ainsi un contrepoint émotionnel bienvenu.

Le bât blesse plus dans la scénographie indigente d’Édouard Laug où quatre poufs se battent en duel sur ce grand plateau… La vidéo vieillotte de Mathias Delfaus sert de cache-misère à la nudité d’un décor qu’on souhaité un peu plus chargé.

Nonobstant ce détail, vous devez absolument vous précipiter pour participer à la vie de ces Desperate Housewives plus toutes jeunes ! On vous assure que ces quatre là forment des grands-mères idéales et acidulées à souhait. Inutile de s’en priver ! ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

© J. Stey
© J. Stey
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