Créée au Montansier, Jean-Louis Martinelli offre à Jacques Weber le rôle d’Harpagon dans L’Avare, repris au Théâtre Déjazet. Tel un grand gamin, le colosse s’octroie une cure de jouvence et revient dans une forme olympienne en bouffon vénal et néanmoins si humain. Une réussite.

Dans une bâtisse en bois clair où les persiennes éclairent avec délicatesse l’intérieur d’une famille en pleine ébullition, Élise et Cléante fomentent des projets amoureux secrets. Tandis que la sœur fait entrer Valère dans la maisonnée au titre d’intendant en chef, le frère souhaite épouser Mariane, une jeune femme vertueuse mais sans le sou. Sauf qu’Harpagon, avare comme pas un, a des desseins bien arrêtés : tandis qu’il se mariera avec Mariane, ses deux enfants s’uniront à de vieux nantis. Cachant précieusement une cassette de dix mille écus au fond de son jardin, Harpagon délaisse sa famille pour se concentrer sur la fructification de ses revenus. La comédie de Molière condamne férocement la monomanie financière et se fait l’avocate de l’amour désintéressé dans une succession de savoureux quiproquos.

Martinelli choisit d’ancrer son Avare dans un monde résolument contemporain par le biais vestimentaire : perfecto stylé, pantalon de créateur au goût douteux, costume élégant ou chemise relâchée. En transportant l’intrigue de nos jours, l’ancien directeur des Amandiers pointe du doigt le capitalisme exacerbé de notre société vouant un culte à l’argent qui régule les relations humaines. Recevoir sans rien donner, voici un credo qui n’a pas vieilli en trois cents ans. Cette mise en scène pleine de cachet tient la barre haute au niveau de la direction d’acteurs.

En y réfléchissant bien, confier le rôle éponyme de ce paranoïaque maladif et bougon à Jacques Weber dont la physionomie avenante génère de la sympathie relevait du défi. Au final, quelle idée du tonnerre ! Weber revient plus en forme que jamais et se pavane comme un roi sur scène avec une aisance communicative. La stature imposante de l’acteur contraste singulièrement avec son comportement de gosse agité et narquois. L’admirer tirant la langue, minaudant ou faisant le vieux beau n’a pas de prix. Facétieux comme un diable, Weber semble réellement s’amuser sur le plateau dans une partition difficile à tenir. Il parvient à rendre Harpagon attachant dans ses extrémités et sa crise cardiaque finale accentue atrocement la solitude d’un être passé à côté de son existence.

Le reste de la troupe est à l’avenant : on retiendra l’interprétation gourmande de Christine Citti dans la peau de Frosine, l’entremetteuse bravache et celle d’Alban Guyon, improbable Cléante clownesque. Le jeu choral carbure à plein régime malgré quelques légères baisses de tension et le plaisir pris à se lancer dans cette aventure est palpable pour le public.

Ainsi, cet Avare semble promis à un grand succès et signe le grand retour sur scène d’un Jacques Weber au top de ses capacités physiques. Portant avec brio sur ses épaules la version de Martinelli, le comédien permet néanmoins à ses camarades d’évoluer harmonieusement à ses côtés. Un classique qui se déguste sans broncher.  ♥ ♥ ♥ ♥

L’AVARE de Molière. M.E.S de Jean-Louis Martinelli. Théâtre Déjazet. 01 48 87 52 55. 2 h.

Publicités