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Pour dénicher une comédie sentimentale à tendance gay friendly sans verser dans la surenchère de clichés, autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Pourtant, Jocelyn Flipo signe avec Sans Valentin un divertissement rafraîchissant à souhait et non dénué de sensibilité révélant un jeune acteur lyonnais, Mathieu Coniglio. À découvrir à la Comédie de Paris.

Romain démarre sur les chapeaux de roue : ce jeune galeriste à l’aube de ses trente ans (qu’il n’assume pas) se plante face au public pour narrer ses déconvenues amoureuses et son dépucelage tardif. Dénué d’assurance, sa vie change du tout au tout suite à une banale carie. Dans la salle d’attente du dentiste, il croise le chemin de Valentin, un artiste débutant d’à peine vingt ans. Une rencontre décisive qui poussera Romain vers la route de l’acceptation de soi.

Sans Valentin surfe sur les codes de la comédie romantique sans jouer la carte du sempiternel « happy ending » : Romain ne finira pas en couple avec Valentin, pas d’ambiguïté à ce sujet. Mais cet amour à sens unique aborde plutôt finement l’achèvement d’une trajectoire de vie, celle d’un accomplissement personnel. Déclenchant une épiphanie fracassante chez le galeriste, Valentin lui offre les portes de la prise de conscience. Là, réside sans nul doute l’intelligence de la pièce : le postulat de départ forcément très gay friendly constitue finalement un prétexte et pas le cœur du sujet.

Dans cette partition à trois voix, l’interprétation diverge dans son intensité qualitative. Autant Mathieu Coniglio explose sur scène et semble promis à un bel avenir tant son personnage de Romain s’avère particulièrement nuancé et d’une profonde vérité (surtout dans le doute et le désœuvrement, sans occulter un début de seul en scène scotchant et ultra maîtrisé), autant la plastique apollinienne de Thomas Jacob (quel strip-tease !) masque mal sa carence technique. Encore trop vert dans son jeu, le jeune mannequin demeure cependant attachant dans le rôle ingrat de l’arriviste inconséquent et volage. Du coup, l’alchimie entre les deux ne sonne pas comme une évidence. Enfin, Yohan Genin complète le trio avec énergie dans la peau d’Anthony, peintre rempli de tics et coach gay hilarant (scène bien documentée et tordante mais un peu stéréotypée pour le coup).

Co-signant la mise en scène avec Léon Vitale, Flipo livre un travail pêchu et fluide nonobstant des transitions musicales pas franchement nécessaires et une séquence vue et revue de personnages en rébellion contre leur auteur. L’ensemble se suit sans temps mort et le succès de Sans Valentin dans le Off 2014 n’est pas volé. Quel plaisir d’assister à une comédie qui sort enfin des sentiers battus et propose une touchante réflexion sur le manque de confiance en soi, le désir d’accéder à l’amour intense et la capacité de résilience de tout un chacun suite à un échec amoureux !  ♥ ♥ ♥

© Fabienne Rappeneau
© Fabienne Rappeneau
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