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Au Théâtre de l’Œuvre, Thierry de Peretti échoue à restituer la violence érotico-sociale du drame de Fassbinder, Les Larmes amères de Petra von Kant. Dirigeant piètrement ses actrices, le cinéaste propose une version pseudo trash et artificielle de cette quête d’absolu amoureux. Résultat, un spectacle assez pénible et raté.

Petra von Kant, créatrice de mode chevronnée et mère indigne, tombe sous le charme de Karine, une jeune désœuvrée prolétaire. Entre les deux femmes, se tisse bientôt une relation orageuse et destructrice où le tyran dévoilera ses faiblesses jusqu’à la totale reddition

Le désir et la domination chez Fassbinder constituent un inséparable tandem : Les Larmes ne déroge pas à la règle et l’ascendant de Petra sur Marlène, sa pauvre secrétaire-larbin, se soumet à l’emprise de Karine, jeune femme opportuniste et manipulatrice. Petra souhaite se lancer dans un amour total et entier mais à vrai dire, seule la possession l’excite réellement. Les six femmes en interaction évoluent dans une arène impitoyable où la réversibilité des sentiments et le paroxysme des fureurs dévastent tout sur leur passage.

La mise en scène de Peretti n’arrive justement pas à lier entre eux ces destins de femmes. La faute à une direction flottante versant dans une caricature excessive malvenue. En optant pour un jeu ultra réaliste et pas assez distancié, il lorgne vers un téléfilm érotique de bas étage. La pièce respire la moiteur torride des amours saphiques mais Valeria Bruni-Tedeschi et Zoé Schellenberg ne tiennent pas la route dans leurs esquisses de cunnilingus à mourir de rire ou dans leurs baisers de cinéma dignes d’un roman Harlequin. La première, tête d’affiche, monopolise l’attention mais son interprétation de névrosée au bout du rouleau peine à réellement prendre aux tripes. On a tout de même pitié de ses « Je t’aime » à moitié convaincus. La seconde, très canaille, manque de relief. Le reste de la distribution sonne horriblement creux : le problème ne vient évidemment pas des actrices mais bien des intentions du metteur en scène. Finalement, la seule qui se distingue est Lolita Chammah dans le rôle mutique de Marlène. Par sa présence insolente et piquante, la fille d’Isabelle Huppert emporte la mise dans une partition délicate à maîtriser.

Dans un décor garbage rempli de bouteilles d’alcool et de paquets de cigarettes, se distinguent un rideau représentant La Dame à la licorne et un miroir de peu d’intérêt. Dans cette scénographie bien chargée, les actrices se déplacent avec difficulté. Ce qui explique peut-être ces mouvements incessants et injustifiés hors du plateau, ralentissant ainsi cruellement une action qui pâtit déjà d’un rythme escargot. Le problème du cadre spatio-temporel se pose également : Les Larmes a été écrite en 1971, juste après l’émancipation post soixante-huitarde. Cependant, de Peretti ne sait pas trop sur quel pied danser vu qu’il fait cohabiter un téléphone vintage avec des Iphone… Apparemment un détail anodin mais qui révèle au contraire les approximations de cette mise en scène défaillante.

Rien à sauver ou si peu de ces Larmes amères… On pleure au choix d’ennui ou de consternation devant la grossièreté du travail de Peretti qui ne dévoile pas d’un iota la déchirure intérieure de Petra, sa fragilité et sa fierté. Passez votre chemin.

© Huma Rosentalski
© Huma Rosentalski
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