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Dans une stratégie de décloisonnement des arts, la sociétaire Françoise Gillard (avec la complicité de la chorégraphe Claire Richard) met en danger quatre de ses collègues du Français dans L’Autre. Purement gestuelle, cette proposition abolit l’outil traditionnel du comédien, sa voix, pour explorer une sensibilité autre, un langage averbal pourtant ponctuellement nourris de témoignages audio. L’intention se montre louable, les efforts de nos apprentis danseurs sympathiques voire émouvants par moments mais l’ensemble reste inabouti et confus. On décroche malheureusement vite face à ces tableaux décousus aux mouvements frôlant parfois le ridicule… Bref, une générosité palpable sur le plateau mais une construction dramatique balbutiante.

Quel titre intrigant que L’Autre… Offrant mille possibilités. L’ami, l’opposant, le double, l’amoureux, le semblable et le différent. Un pot-pourri relationnel. Françoise Gillard a décidé de se passer des mots pour raconter cette histoire de contact, d’effleurement ou de rejet. Dans un décor clinique d’une blancheur immaculée, Claire de la Rüe du Can, Christophe Montenez, Eliott Jenicot et Benjamin Jungers, se jettent dans la fosse aux lions avec une totale sincérité et une fragilité à fleur de peau. Bien évidemment, ce ne sont pas des professionnels mais leur mise à nu sans aucune tricherie ne peut qu’être saluée. En solo, en duo ou en groupe, ils se dévoilent avec leur corps pour seul témoin. Des miroirs ou des effets d’optique à la Découflé parsèment ces mini chorégraphies mais le résultat s’avère finalement assez pauvre au niveau dramaturgique. La plupart des épisodes sont vites oubliés car il manque une véritable ligne de force malgré l’indéniable énergie et volonté des acteurs du Français de sortir de leur zone de confort. La globalité du spectacle semble un peu vaine et artificielle alors que le projet de Gillard l’a occupé deux ans durant. Reste une incroyable et touchante communion à cinq sur une reprise de « Voyages, voyages » en langue des signes.

Cet Autre demeure donc à la surface dans une succession d’exercices bancals, sans jamais vraiment éclore en un spectacle réellement solide. Plutôt des ébauches révélant une politique artistique forte au sein de la maison de Molière : montrer que le Français est riche d’une pluridisciplinarité nécessaire à son expression. Le coche est plutôt manqué mais le potentiel réside incontestablement au sein de ces talents. On peut que conseiller à Monsieur Ruf de poursuivre dans cette voie périlleuse mais salutaire. ♥ ♥

 

© Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage
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