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La Troupe de l’Éternel Été, conduite par Emmanuel Besnault, poursuit son petit bonhomme de chemin après un joli succès au Off d’Avignon. Le très jeune metteur en scène a décidé pour sa première création de s’attaquer au célèbre conte de Perrault, Le Petit Poucet. Bien loin de prendre les enfants pour des idiots, cette relecture pleine de trouvailles imaginée par Gérard Gélas, accompagne les petits dans la forêt dangereuse de l’abandon heureusement allégée par l’amour maternel, la fratrie et la débrouillardise d’un gaillard fort intelligent. Sur la scène intimiste du Lucernaire, sept musiciens-comédiens assurent une performance homogène, enlevée et loufoque. Un vent d’air frais appréciable dans le marécage de spectacles jeune public souvent bêbêtes et insipides.

Nous découvrons le Petit Poucet dans sa vieillesse. Devenu richissime marquis amnésique, il souhaite revivre le fil de son histoire et retrouver ses souvenirs d’enfance perdue. Grâce à l’aide d’un duo de valets charmants, le voilà replongé dans sa jeunesse miséreuse. Ce fils de bûcherons trime : rejeton d’une famille de six frères, il constitue le souffre-douleur de ses parents qui n’arrivent plus à nourrir convenablement leurs enfants. La solution ? Les perdre dans les bois afin qu’ils meurent de faim.. Mais la ruse du cadet saura déjouer leur plan sordide et après diverses aventures en tout genre, il finira dans l’opulence. Cependant, toujours seul…

La vision du conte de Perrault subit sous la plume de Gélas un renforcement de sa noirceur. Comment ne pas tirer une larme lorsque la mère se résout la mort dans l’âme à abandonner ses enfants ? Et comment comprendre le rejet du fils prodigue lorsqu’il sauve sa famille de la misère et qu’il est mis au pas de la porte ? Ce conte cruel, sous ses allures de voyage initiatique, s’avère rude quant aux notions d’amour familial et d’affection. Ici, les baisers succèdent aux gifles et la mise en scène éclaire avec pertinence le manque évident de communication dans une sphère où le père considère sa propre chair comme de la marchandise monnayable.

Sans aucunement occulter cette dimension tragique, Emmanuel Besnault tire son Petit Poucet vers une comédie musicale fraîche, aux mille fantaisies et facéties comme ces beaux jeux d’ombres ou cette fée rouge transformant le vilain ogre en…fraises tagada. L’esprit de troupe se déploie avec énergie et bonne humeur et les bambins s’avèrent très demandeurs et participatifs. Dans un décor ingénieux de boîte magique configurant aussi bien une cabane en bois qu’une inquiétante forêt, les acteurs s’amusent autour de ce carré tournant irisé de bleu, vert et rouge.

Entrez donc vous aussi dans cette forêt animée avec un entrain fou et un sacré dynamisme. L’été est encore bien loin mais les rayons de soleil que cette jeune troupe insuffle dans le cœur des enfants. ♥ ♥ ♥ ♥

© Raphaël Drap
© Raphaël Drap
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