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Dada Masilo ne cache pas son admiration pour les grands héroïnes de la littérature : après Juliette, Ophélie et Odette, la voilà qui s’attaque à la flamboyante Carmen. La jeune chorégraphe sud-africaine, drainée par le succès incroyable de Swan Lake l’année dernière au Rond-Point, revient en grâce dans la salle Renaud-Barrault. Revisitant l’opéra bizétien et la nouvelle mériméeenne avec sa patte hétéroclite, Masilo puis dans les traditions classiques pour y injecter ses racines dans un mélange explosif. Volontiers féministe et bouillonnante, sa Carmen brûle la scène avec rage. Olé !

Un filet de lumière dans un silence de mort. Une violence dans les gestes pour un cri muet. L’entrée de Dada Masilo ne s’effectue pas dans le bruit et la fureur. La beauté du chaos éclatera ensuite. Pour le moment, cette Carmen se prépare. À entrer dans la danse sensuelle et mortifère de l’amour. La chorégraphe marie Éros et Thanatos dans un ballet tragi-comique haletant. Alternant les scènes groupées avec des danseuses chipies (les « bitch » et « fuck » fusent) et des hommes suintant de virilité sans omettre des coquetteries dans leurs avec des duos enragés et passionnels, elle entrecroise savamment l’hystérie collective et l’intimité non moins dévastatrice des couples.

Carmen nous entraîne dans une Séville atemporelle où les femmes portent aussi bien des tailleurs chic que des robes fluides. Le flamenco traditionnel s’associe au rythme zoulou pour créer un nouveau vocabulaire chorégraphique. En transe, la troupe exulte dans une joie communicative et le public ressent cette énergie lumineuse. Cependant, le sol rouge-passion se teinte de sang. Celui des femmes maltraitées et humiliées par une société machiste. Coups, viol, mépris… Rien ne leur est épargné. Pour autant, Masilo offre une tribune à cette horde d’amazones enfiévrées. Contrairement aux sources artistiques, notre Carmen ne décède pas au final. Elle reste debout pour admirer la mise à mort de son amant, José. Elle a remporté la bataille des sexes.

Dada Masilo s’est distribuée dans le rôle-titre. Crâne rasé et rose aux oreilles, elle se montre provocante, carnassière, folle de désir. La femme fatale à l’état pur. Elle hypnotise son public, qui lui réserve d’ailleurs un triomphe aux saluts. Le reste de la distribution ne démérite pas. Leur dynamisme contamine la salle et quel bonheur de participer à cette danse exaltante ! On en redemande. ♥ ♥ ♥ ♥

© John Hogg
© John Hogg

 

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