nuits-blanches260En cette fin d’année, Frédéric Franck poursuit sa programmation exigeante au Théâtre de l’Œuvre en mettant à l’affiche l’adaptation d’une nouvelle de Murakami, Sommeil. Dans Nuits blanches, Nathalie Richard campe divinement une desperate housewife japonaise évacuant son train-train quotidien par la libération insomniaque de la veille. Hervé Falloux compense le manque de flamboyance de la nouvelle murakamienne en proposant une mise en scène sobre mais non dénuée d’étincelles magiques.

Dix-sept nuits consécutives sans dormir. Pourtant, la fatigue ne la trouble pas. Elle, cette femme au foyer vaquant à sa morne routine sans surprise, expérimente un retour à une vie pré-familiale individualiste. Exit le ménage, les repas, le mari dentiste trop parfait et ennuyeux. En passant ses nuits à redécouvrir Anna Karénine, elle prend conscience du pouvoir d’évasion procuré par la littérature. Ses escapades livresques lui permettent d’oublier l’étouffement conjugal et d’acquérir une conscience plus profonde de son être.

Nuits blanches fusionne les strates de la réalité triviale, des rêves éveillés et de la présence de créatures fantastiques (ombres prédatrices, vieillard effrayant). La réflexion de Murakami sur la porosité entre l’onirisme et le rêve balancée par l’insomnie aurait gagné en fulgurances stylistiques, l’ensemble textuel se révélant assez plat. Heureusement, Hervé Falloux permet à Nathalie Richard de s’investir pleinement sur scène : pleine d’une ironie désabusée, la comédienne injecte une distance comique à ce monologue d’une femme lassée d’une existence monotone. Enfantine, mais aussi suicidaire (la fin en suspens semble l’indiquer), elle porte sur ses épaules ce court spectacle.

Le metteur en scène ne manque pas d’idées dans son adaptation même si de prime abord son travail parait quelque peu austère : décor minimaliste combiné à un certain statisme. Mais quelques touches de fantaisie apportent une autre dimension à la nouvelle comme cette boule blanche étincelante qui devient un amant langoureux ou une luciole réconfortante. Ou bien ces trois paravents japonisants, dont des yeux en gros plan rappellent les toiles de Marie Laurencin scrutent le public.

Ces Nuits blanches sont donc l’occasion de passer un moment agréable d’à peine une heure. Ce spectacle vaut principalement pour la performance de Nathalie Richard, dont la gamme interprétative mérite le détour. ♥ ♥ ♥

© Dunnara Meas
© Dunnara Meas
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