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En cette fin novembre, le tout Paris est en ébullition : le Théâtre du Châtelet crée en exclusivité mondiale Un Américain à Paris avant son passage à Broadway au printemps prochain. Jean-Luc Chopin mise gros avec cette coproduction aux coûts pharaoniques mais le taux record de remplissage (90 %) laisse augurer des recettes juteuses. Le résultat en vaut-il la chandelle ? Eh bien oui !  Avec Christopher Wheeldon aux manettes, ce musical fleurant bon l’insouciance de l’après-Guerre enthousiasme par sa direction d’acteurs-danseurs-chanteurs haute en couleur, des tableaux chorégraphiques millimétrés et une mise en scène globalement alerte. Malgré quelques problèmes rythmiques, un décor pas assez ambitieux pour une salle aussi imposante et des chansons sympathiques mais peu marquantes, cet événement grandiose marque une nouvelle étape dans le poids de la vie théâtrale française dans le monde. On applaudit avec plaisir ce show aux saveurs nostalgiques et festives !

Le vétéran Jerry Mulligan aspire à changer d’air après les épreuves de la Seconde Guerre mondiale. Après la libération, ce jeune vétéran décide de rester à Paris et de tenter sa chance en tant que peintre. Dans sa nouvelle quête artistique, il croisera le chemin d’Adam, un compositeur juif, d’Henri, un aristocrate parisien et Milo une riche mécène américaine. Mais c’est la rencontre avec Lise dans l’orbite de l’ex-GI qui cristallisera véritablement le canevas de l’intrigue. En effet, cette vendeuse sans le sou et danseuse-étoile prometteuse, attise la convoitise de nos trois jeunes mâles. Qui remportera la main de la chère colombe ?

Un Américain à Paris esquisse adroitement le portrait d’une France d’après-45 libre et déterminée à jouir pleinement de ses passions. La jeunesse revendique son droit à la création dans le domaine artistique et le gotha parisien y transpire dans toute sa splendeur : Braque, Picasso, Sartre et cie… Christopher Wheeldon ne dévie pas d’une touche hautement frenchy en installant des colonnes Morris, des kiosques ou des barques rappelant le Paris d’autrefois. Le spectacle pourrait sembler désuet mais il n’en est rien : Ce parfum d’antan réactive avec joie notre mémoire collective et les taquineries entre Français et Américains s’avèrent drôles à souhait.

Le metteur en scène s’entoure d’une distribution uniformément brillante, maniant à merveille l’insolence tendre et le désarroi amoureux : Robert Fairchild campe un Jerry enfantin dans sa curiosité et touchant dans son désir ; Leanne Cope se distingue en Lise farouche et confuse, par ailleurs excellente danseuse ; Brandon Uranowitz nous réjouit en Adam désabusé, ronchon et poignant dans son amour univoque ; Max von Essen s’amuse dans le rôle d’un Henri empoté et fils à maman ; Jill Paice est une Milo distinguée et pimpante malgré sa solitude et Veanne Cox reste la reine du comique en mère pince-sans-rire. Lors de la générale, les comédiens témoignaient d’une belle alchimie.

Au niveau musical, les mélodies de Gershwin se révèlent agréables aux oreilles, Brad Haak assure en chef d’orchestre avisé. Quelques chansons se distinguent comme « The Man I love », « ‘S Wonderful » ou « For You, For Me, For Evermore ». La scénographie de Bob Crowley en impose notamment lors du numéro du cabaret ou lors de la fluidité des transitions avec la projection de vidéos élégantes sur des éléments de décor. Cependant, la gestion de l’espace pose parfois problème car la salle du Châtelet peut apparaître bien vide lorsque seules quelques tables occupent le plateau. On retiendra aussi plusieurs tableaux à l’impact visuel et choral fort tels que cette scène polyphonique entre Milo, Lise, Jerry et Henri s’envoyant mutuellement des lettres ou bien lors de l’incroyable ballet-Mondrian du final exquis où seule la dance prend en charge la dramaturgie. Tout bonnement enchanteur.

Ainsi, cet Américain à Paris laisse une impression d’un spectacle total plutôt fascinant, valant le détour surtout pour son casting soigné et des tableaux accrocheurs. Christopher Wheeldon vie à un classique du cinéma aux accents libertaires intemporels. Le Châtelet peut être fier de ce défi relevé avec panache. Bravo ! ♥ ♥ ♥ ♥

© DR
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