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Auréolée du Prix du public 2014 du Théâtre 13, Fugue en L mineure se penche sur la question de la féminité dans notre société moderne. Écrite à seulement dix-neuf ans par Léonie Casthel, cette pièce dresse un état des lieux alarmant sur les violences faites aux femmes : sexisme, viol, coups et humiliations parcheminant leur existence. Emportée par la fougue de sa jeunesse, l’auteure réussit son coup. La mise en scène de Chloé Simoneau n’échappe pas à certaines fioritures mais le mérite de son adaptation réside davantage dans sa très bonne direction d’acteurs. À voir au Théâtre de Belleville.

Une collégienne de quinze ans fugue de chez elle. Entre un père surprotecteur et maladroit, une mère dépressive et une sœur coquette, difficile de trouver sa place. Arborant une mini-jupe en strass rose, elle se fait dévisager par des policiers qui au lieu de la protéger,se contentent de ricaner. Elle rencontre sur son chemin, des « putes » dont l’hypersexualité outrancière la fascine.

Fugue en L mineure aborde les changements de l’adolescence par le prisme de cette jeune fille qui n’assume pas son corps et son identité féminine. Abrutie psychiquement par un environnement machiste la ravalant en femme-objet, elle se retrouve perdue entre le désir de plaire et la volonté farouche de ne pas sacrifier son essence.

Les propos de Léonie Casthel brassent large et résonnent fortement dans les esprits bien qu’ils n’apparaissent pas révolutionnaires. Il reste vital de centrer l’attention du public sur les exactions que subissent les femmes. Sans verser dans le misérabilisme glauque et déplacé, l’auteure trace son chemin plutôt habilement.

Chloé Simoneau s’empare de cette partition avec fluidité. N’insistons pas sur les micros et la musique live (sans grand intérêt dramaturgique) mais saluons plutôt l’énergie et la justesse se dégageant du plateau. On retiendra surtout Lola Roskis Gingembre dans le rôle délicat de l’adolescente « attachiante » et Julie Ménard, irradiante en double « bonne conscience » de l’héroïne. Leïla Tabaï se démarque en sœur et copine chipie tandis que Blandine Pélissier se montre déchirante en mère violée et outragée par un mari sévère et inconscient (glaçant Benoît di Marco). Notons enfin que pour une fois, la vidéo ne sert pas de gadget et possède une véritable fonction dans la pièce : celle de zoomer sur l’errance de cette famille déboussolée et de projeter des paysages nocturnes reflétant la nuit mentale troublée de notre ado.

Ainsi, Fugue en L mineure se démarque par sa dynamique de groupe, l’actualité de son argument et une mise en scène globalement pêchue. À vous de voir !  ♥ ♥ ♥

© Léonie Casthel
© Léonie Casthel
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