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Dans la rue du Général Blaise, se joue « une tragédie de chambre en 53 jours ». Le sous-titre de Deux Frères de Fausto Paravidino thématise à la fois dans l’espace et le temps le drame de trois jeunes gens en prise au désœuvrement et à la quête de soi. Vincent Marguet utilise à profit l’espace confiné de l’Aktéon pour instaurer une ambiance anxiogène mêlant le rire à la terreur. Le trio d’acteurs s’empare avec brio et intensité de ce thriller en cuisine haletant.

Lev et Boris ont accueilli chez eux Erika, une jeune femme récemment évadée de l’asile. Dotée d’un tempérament volcanique, elle sème le trouble dans l’appartement des deux frères. Petite amie de Lev, leur relation dégénère vite en un pugilat autant physique que mental. Devant obéir à des règles édictées par le maniaque Boris, l’amatrice de corn-flakes peine à trouver réellement sa place dans la symbiose fraternelle. Elle soude et scinde à la fois. On se demande d’ailleurs pourquoi le duo ne la chasse pas de chez eux… Le final du spectacle résoudra abruptement ce problème d’une manière forcément sanglante.

La pièce de Paravidino exploite le passage de l’adolescence à l’âge adulte en confrontant trois jeunes gens face une solitude paradoxalement grégaire. Les liens affectifs, fraternels, amoureux ou haineux alimentant la dynamique du trio soulignent la névrose collective d’une jeunesse laissé à elle-même. Parents absents, modèles familiaux chamboulés constituent autant d’explications possibles quant à cette dégénérescence.

Vincent Marguet s’inspire clairement du langage cinématographique pour mettre en scène sa version de la pièce, notamment via l’utilisation de fondus clipesques et d’un compte-à-rebours inversé accélérant la tension de l’intrigue. L’effet fonctionne globalement plutôt bien même s’il pourrait avoir tendance à virer à l’automatisme. Pots de nutella instaurant un jeu érotique malsain, plâtrées de pâtes dévorées grotesquement, table renversée… La nourriture devient un élément dramaturgique clé permettant à la fois de mettre en relief les moments de réunion du groupe mais aussi ses dysfonctionnements.

Niveau distribution, les trois jeunes comédiens marchent plutôt habilement sur le fil délicat de l’empathie/répulsion. Joana Cartocci intrigue en aliénée exaspérante, tentatrice et attachante. Kévin Poli s’impose en grand dadais maladroit et protecteur tandis que Benjamin Bouzy insuffle rage et énergie vitale dans le rôle de Lev.

Deux Frères mérite ainsi votre attention aussi bien pour la qualité de la distribution, la mise en scène alerte et l’efficacité d’un texte à forte portée sociétale. N’hésitez pas ! ♥ ♥ ♥

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