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Politique et théâtre convergent tout deux vers le même but : édifier un public en multipliant les coups d’éclat, les tromperies et les manipulations. Ladislas Chollat l’a bien compris en adaptant une pièce de Beau Willimon, le scénariste de House of Cards. Dans Les Cartes du pouvoir, l’itinéraire d’un enfant de la balle s’achemine de son ascension fulgurante à sa destitution fracassante avec un cynisme glacial et terrifiant. Se dégustant comme une bonne série américaine, la mise en scène nerveuse et élégante de la coqueluche des théâtres privés offre un bilan d’une noirceur folle sur l’éthique de la politique actuelle. On ressort secoués du Théâtre Hébertot après un tel carnage. Brillant !

Les Cartes du pouvoir nous plonge dans la course aux primaires américaines. Plus précisément dans les bureaux de Paul Zara, directeur de campagne du parti démocrate. Cette pièce à l’écriture bouillonnante se concentre sur la déchéance du jeune Steven Bellamy, attaché de presse passant du statut de prodige de la politique à paria en un claquement de doigts. La perte des idéaux au profit d’une ambition de plus en plus dévorante constitue la « leçon » de cet impitoyable exercice de style. Virevoltant dans un monde où les médias s’accaparent des scoops à la chaîne, où le sexe offre un moyen de domination comme un autre et où un seul faux pas conduit à une chute inexorable, cette partition cinglante sur l’exercice du pouvoir sidère. Pièce des faux semblants et de l’individualisme, Les Cartes du pouvoir questionne la notion de confiance et d’amitié. Univers de requins ou de loups, au choix, la politique n’unit pas les hommes mais les pousse à la méfiance et à la trahison.

La mise en scène de Ladislas Chollat, clairement inspirée par les codes des séries US, frappe juste et net. Disséquant au scalpel le squelette fourbe et indécent du monde politico-médiatique, il cadence son ouvrage avec célérité et rigueur. Le décor mouvant, blanc (contrastant horriblement avec la bassesse des personnages) et fluide, tout comme la vidéo et la bande-son vitaminée concourent à donner du punch à la pièce. Le coup de maître de Chollat réside cependant dans sa direction d’acteurs à tout point de vue admirable. À commencer par les deux rôles principaux : Thierry Frémont campe un vieux loup de mer sage et loyal mais non dépourvu d’accès colériques avec gourmandise tandis que Raphaël Personnaz saisit toute la richesse de son personnage avec une finesse remarquable : passant avec aise du jeune conquérant prétentieux assoiffé de gloire au désarroi le plus total face à son erreur fatale, le comédien se dévoile avec rage. Francis Lombrail surprend et séduit en adversaire hypocrite et terriblement intelligent tandis que Julien Personnaz sort sa carte du jeu en outsider malin et patient avec une pointe d’ironie. Deux femmes seulement au casting mais quelles femmes ! Élodie Navarre campe une journaliste mordante et sans scrupules qui agace autant qu’elle fascine tandis que Roxane Duran apparaît comme la révélation du spectacle : s’en sortant merveilleusement dans la composition délicate de la stagiaire un peu naïve et victime sacrificielle, la jeune femme se révèle impeccable.

Amateurs de séries, de politique ou tout simplement d’un divertissement scotchant ; n’hésitez plus et foncez voir ces Cartes du pouvoir. Distribution au sommet, mise en scène chirurgicale, thème passionnant et écriture ciselée doivent vous convaincre de vous rendre sans tarder au Théâtre Hébertot. « Show must go on » ! ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

© Laurencine Lot
© Laurencine Lot

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