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Pari manqué pour Galin Stoev. Presque dix ans après la version de Marcel Bozonnet, le metteur en scène bulgare s’empare de Tartuffe, classique des classiques (pièce la plus souvent représentée au Français depuis sa création). On avait connu un Stoev inspiré, notamment dans son Liliom la saison passée à la Colline. On le retrouve perdu, autant par manque d’ambition que par un rôle-titre bien trop fantoche… Michel Vuillermoz s’égare dans une partition farcesque alors que Didier Sandre s’impose en Orgon d’une dignité admirable. Cohérent dans sa vision lugubre de la pièce, Stoev signe cependant un travail plat et sans grande envergure malgré des fulgurances poignantes.

Tartuffe ou les manipulations d’un imposteur qui s’introduit dans la famille d’Orgon afin de voler ses biens, sa réputation et sa femme. Cette comédie sérieuse du patron de la maison s’apparente plutôt à une tragédie malgré un dénouement heureux in extremis. Notamment dans la personnalité du héros éponyme, d’une noirceur sidérante. Arriviste, libidineux, vénal et machiavélique, ce faux dévot se munit d’une double facette : celle d’un ange cachant un diable redoutable.

Le bât blesse d’emblée avec une direction d’acteur épouvantable concernant le rôle-titre. Arrivant au troisième acte, là où l’acmé est la plus forte, le comédien peine déjà à instaurer un climat trouble de perfidie mielleuse. Constamment campé dans une attitude ahurie, l’acteur ne parvient jamais à dégager un sentiment de menace ou de terreur. En ressort une interprétation bien fade et sans nuances. Sacrilège pour un tel monument, justement admiré pour la richesse de sa complexité ! Contrairement à Micha Lescot qui avait incarné un Tartuffe séduisant, inquiétant et lubrique ce printemps à l’Odéon, Vuillermoz reste presque impassible ou bien cabotine. Son jeu terne profite à Didier Sandre qui lui vole la vedette dans le rôle d’Orgon. Drapé d’un aveuglement inimaginable dans sa foi en Tartuffe, le comédien a su retranscrire toute la bonté du personnage mais aussi son indéfectible ténacité. Le reste de la troupe déploie une belle énergie sur scène. À commencer par Elsa Lepoivre, tragique Elmire d’un maintien superbe. Cécile Brune campe une Dorine insolente en diable, parfaite pour le rôle. Serge Bagdassarian  s’avère toujours constant dans sa bonhomie naturelle. Anna Cervinka et Christophe Montenez, les deux nouvelles recrues dénichées par Stoev, s’érigent en adolescents d’une fraîcheur et d’une rage folle. Attention toutefois au débit mitraillette qui entrave la bonne compréhension de la musicalité des vers de Molière.

La scénographie imposante d’Alban Ho Van situe l’action dans un manoir hanté élégant mais apparemment délabré. Les musiques cléricales angoissantes combinées aux têtes de guignol grandeur XXL dans la scène finale amplifient cette impression. Stoev réussit tout de même quelques scènes et pressent tout le potentiel tragique et émouvant de la tentative de viol d’Elmire lors du fameux épisode de la table (avec un strip-tease, avouons-le, hilarant de Vuillermoz) ou lors des retrouvailles entre Orgon et Damis. Le metteur en scène se permet quelques fantaisies rigolotes comme cette croix blasphématoire tracée à la bombe blanche ou bien la présence d’espions comblant malicieusement les transitions entre chaque acte.

Sauf que ces brèves éclaircies de génie ne pointent le bout de leur nez que trop rarement pour offrir un spectacle pleinement satisfaisant. Décevant ce Tartuffe donc. Distribution ratée quant au rôle principal, manque de souffle et de folie, pas vraiment d’innovation du point de vue de la mise en scène. Bref, une version tout à fait dispensable. ♥ ♥

© Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage
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