15 septembre 2014 : date à marquer au fer rouge pour Andréa Bescond. Après un passage remarqué dans le OFF d’Avignon cet été, la comédienne-danseuse-performeuse investit le Théâtre Antoine pour une soirée exceptionnelle. Avec ses Chatouilles, la jeune femme signe un one woman show très particulier, où le rire investit l’espace pour aborder un sujet délicat, à manier avec précaution : celui de la pédophilie. Soupape de sécurité nécessaire pour éviter un pathos larmoyant facile, l’humour permet à l’actrice d’entamer une catharsis corporelle où l’on devine que ce récit est loin d’être pure fiction… Un spectacle in-yer-face profondément remuant, qui vous laissera lessivés et abasourdis. Une grande dame est née, retenez bien son nom. Et pour notre plus grand plaisir, Andréa Bescond prend ses quartiers au Petit-Montparnasse !

Odette est une petite fille de huit ans avec des étoiles dans les yeux : elle s’imagine bien devenir danseuse étoile, pour faire plaisir à sa maman. Mais Gilbert, un ami de la famille lui demande de jouer au docteur avec lui, prétexte pour la chatouiller. S’ensuivront des attouchements et des viols à répétition que la petite préférera taire, par honte. Des années plus tard, la voici qui entame une thérapie avec un psy, en compagnie de sa mère. L’occasion de se replonger dans les souvenirs, les fantasmes, et la reconstitution d’une enfance volée.

La Danse de la colère se présente comme une partition musclée où la danse, à milles lieues d’être purement figurative, s’inscrit comme un leitmotiv de combattante. Rageux, épileptiques, saccadés : les mouvements d’Andréa Bescond suppléent le langage pour traduire l’indicible du trauma. Par la violence de ses gestes, la comédienne hurle son désespoir et sa férocité face à une mère froide et lâche, qui refuse d’admettre sa part de responsabilité dans le carnage mental et physique éprouvé par sa fille.

Confession choc
Dans un puzzle de souvenirs, la comédienne tente de se reconstruire à travers le fil rouge de l’entretien avec la psy. Croquant une galerie de portraits avec un sens des mimiques d’une justesse confondante, Andréa Bescond caricature à grands traits les visages de ceux qui ne peuvent pas comprendre son désarroi et sa haine. Gendarme maladroit, ami rappeur paumé, directeur de casting macho, prof de danse exaspérée… Autant de pastilles grossissantes de la réalité mais qui n’en demeurent pas moins véridiques : de nos jours, le viol reste encore mis en question par ses bourreaux ou l’entourage de la victime. « Elle exagère, elle aime ça puisqu’elle ne dit rien », autant de paroles ahurissantes mettant en doute les propos de cet enfant violé. Dialoguant avec son idole, Rodolphe Noureev, l’actrice se réfugie dans l’onirisme pour évacuer pendant quelques instants un poids trop lourd à porter. Jusqu’au jour où elle ose dire non et porter plainte, pour enfin arriver au procès.

Portée par la mise en scène délicate et rythmée d’Éric Métayer, Andréa Bescond se livre sans détour, avec une vérité désarmante.  Elle dégage une émotion brute dans un désir urgent de se raconter fascinant. Lorsque les lumières se rallument, le visage de la jeune femme ne peut cacher sa stupéfaction : plus de six-cent cinquante personnes ont répondu à l’appel de son invitation, lui réservant un tonnerre d’applaudissements. Encore mille mercis Madame, pour cette claque théâtrale inoubliable. Vous irez très loin. ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

LES CHATOUILLES OU LA DANSE DE LA COLÈRE d’Andréa Bescond. M.E.S d‘Éric Métayer. Théâtre du Petit-Montparnasse. 01 43 22 77 74. 1h30.

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