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Camille Claudel aurait eu cent-cinquante ans cette année. L’occasion pour Christine Farré de lui rendre hommage à la Folie-Théâtre avec un spectacle nourri de sa correspondance avec Rodin et de ses amis, et de ses soutiens critiques. De son exaltation créatrice, à ses doutes en passant par son internement en asile psychiatrique, cette jolie adaptation trace un fil narratif cohérent et charme par la simplicité de sa délicate mise en scène.

Pourquoi Camille Claudel est-elle devenue un mythe ? Pour avoir été femme et artiste, la maîtresse de Rodin ou enfermée pendant trente ans dans un asile ? Un peu des trois sûrement. En tous les cas, son œuvre s’enracine profondément dans l’art de la sculpture moderne. Christine Farré a centré son adaptation sur le basculement dans la folie de ce génie hors-pair, terrassée par la solitude, la pauvreté et son épuisement mental. Captivée par les fêlures de cette femme, elle en retransmet ses tourments avec un sens de la nuance salutaire. Joviale, excitée de se mettre au travail, inspirée, hésitante, défaillante puis vaincue, l’actrice nous entraîne dans la spirale infernale de la déchéance de la sculptrice. Véritablement illuminée, ou bien touchée par la grâce, la comédienne se déchaîne avec grâce et furie.

Dans un décor assez fourni et agréable à l’œil, où se mêlent esquisses, bassine et plan de travail, la metteur en scène offre quelques passages éblouissants comme cette auto-réification dans laquelle elle se transforme en sculpture, recouverte de glaise et de bandelettes de tissu. Devenue la Parque, vieillissante et affaiblie, Camille n’est plus l’ombre que d’elle-même. La progression de sa décrépitude émeut et provoque notre sympathie pour cette combattante forcée d’abdiquer. Sa relation tendue avec son frère Paul, teintée d’admiration et de distance de la part de celui-ci est retranscrite avec incompréhension et douleur tout comme la destruction de ses œuvres dans son atelier.

Petit bémol cependant : on s’interroge sur la pertinence sur scène de Jean-Marc Bordja et Nicolas Pignon, jouant tout à tour Octave Mirbeau, Eugène Blot ou des critiques d’art. Nonobstant des difficultés d’élocution trop présentes, les deux comédiens n’occupent pas de réelle fonction dramatique. Le spectacle aurait sûrement gagné en intensité si Christine Farré était restée seule sur scène. Cette plongée dans ces tréfonds intérieurs aurait bénéficié d’une intimité plus appréciable.

Malgré ce léger reproche, Camille Claudel : 1864-1943 vous procurera l’envie d’en savoir définitivement plus sur cette artiste torturée et fascinante. N’hésitez pas. ♥ ♥ ♥

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