femmes-liberees-la-troupe-a-palmade_838542« Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile. Être une femme libérée, tu sais c’est pas si facile. ». Noémie de Lattre renverse à la lettre ces paroles de la chanson culte de Cookie Dingler et imagine un spectacle choral constitué d’une bande de copains potaches et cash sur la libération sexuelle, les ménages à trois ou quatre et bien plus encore. La troupe à Palmade s’éclate dans une partition pétillante, fine, dramaturgiquement aboutie et qui l’air de rien propose une réflexion pertinente et moderne sur la vie de couple. Un spectacle à savourer à deux, entre amis, célibataire ou pourquoi pas avec vos amants ou vos maîtresses au Tristan Bernard !

Noémie élabore une bien curieuse théorie : « On peut aimer un homme, coucher avec un autre et faire des enfants à un troisième ! ». Décidée à mettre en pratique ce canevas légèrement folledingue, cette femme très ouverte sort les griffes et se lance dans une fringale sexuelle éreintante et stimulante jusqu’à arriver au but visé.

Femmes libérées ose tout et promeut la tolérance aussi bien sexuelle que sociale dans un joyeux bordel savamment organisé. Lorsque les rideaux se lèvent, le public se demande dans quoi il a bien pu s’embarquer : le début de la pièce semble se construire autour de sketchs autonomes et brefs mais les apparences sont bien trompeuses. Le spectacle est en réalité conçu comme un puzzle dont les morceaux s’imbriquent au fur et à mesure de la représentation. Le procédé rend l’ensemble dynamique et l’effet pastille s’accommode à merveille d’une mise en scène nerveuse et punchy. La bande-son aguicheuse et sexy (de Mylène Farmer à Britney Spears) amplifie le phénomène et confère une atmosphère survoltée à cette comédie féministe et décalée.

Le titre du spectacle donne le ton : les femmes sont à l’honneur et le girl power contamine la scène. Prenant à rebours l’idéologie traditionnelle de l’adultère selon lesquelles seuls les hommes pourraient papillonner ailleurs, Noémie de Lattre s’attache à défendre une conception pour le moins inédite de la vie de couple. L’héroïne n’a pas le sentiment de tromper son conjoint : elle refuse juste de laisser passer un plaisir qui pourrait se présenter au détour d’un arrêt de bus ou d’une soirée arrosée. Elle ne veut pas tomber enceinte de son compagnon car la venue d’un bébé ruinerait l’équilibre du couple : autant demander à un copain homo de venir l’engrosser !  La pièce distille ainsi des piques culottées contre une société dominante encore et toujours masculine. Le personnage de la transexuelle Sophie apporte une dimension émouvante à cette comédie et permet de compléter la réflexion sur ce qu’est la féminité ou la virilité en se jouant joliment des clichés. En outre, la qualité d’écriture est bien au rendez-vous : les dialogues s’avèrent ciselés et les bons mots fusent. Dommage cependant que le final surprenant revienne à un schéma beaucoup plus conventionnel…

Les six trublions de cette fête libératrice se déchaînent sur le plateau : Noémie de Lattre conduit la troupe telle une amazone flamboyante et délurée ; Sarah Suco campe une transexuelle émouvante et provocante ; Yann Papin joue l’hétéro beauf, viril mais fan de Céline Dion avec un bel abattage ; Nicolas Lumbreras interprète un petit ami conciliant et fleur bleue ; Johann Dionnet est un amant ronchon et maniaque (ha ce maudit parquet qui laisse des traces !) et Rudy Milstein s’illustre en ami gay prêt à coucher avec son amie pour lui permettre d’avoir un enfant.

Femmes libérées offre une bouffée d’air frais dans l’univers stéréotypé de la comédie. S’appuyant sur une troupe solide et complice, cette ode à la femme et à sa liberté se veut dans l’air du temps et délivre un message de tolérance sans être lourdingue. Foncez ! ♥ ♥ ♥ ♥

© DR
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