AFF-HISTOIRES-D-HOMME

Le chiffre trois semble être ciselé pour les femmes. Des Trois Sœurs de Tchekhov en passant par Inventaires de Philippe Minyana, les triades de Grâces se réunissent pour raconter leurs états d’âme et de corps. Au Théâtre de Poche, Christophe Luthringer adapte Histoires d’hommes, un recueil de monologues pour une femme, de Xavier Durringer en multipliant par trois ces voix féminines. Dans une mise en scène au tempo mi-survolté, mi-doux, les trois jeunes comédiennes se confessent sur la question du couple, leurs désirs et leurs chagrins. Ce spectacle très girly et punchy se veut dans l’air du temps et offre une pause rafraîchissante le temps d’une heure de spectacle.

Des bigoudis, du vernis à ongles, des crèmes de beauté et des sacs à main : on n’aurait pu rêver accessoires plus féminins pour ouvrir Histoires d’hommes. Trois copines affairées se livrent sans fard : de l’impatience aux déceptions, des larmes au plaisir, tous les sentiments sont disséqués sur le ton de l’anecdote à la fois amusante et poignante.

En donnant la parole à trois femmes, Christophe Luthringer aurait pu tomber dans l’écueil d’une dialectique manichéenne forcément réductrice où tous les hommes seraient des salauds et les femmes des victimes. Ces Histoires d’hommes, uniquement narrées par des femmes contiennent évidemment un aspect unilatéral qui manquent logiquement de répondant. On se croirait dans un épisode de Sex and the city avec ses protagonistes taquines et féministes, un peu pestes mais très émouvantes. Pourtant, la gente masculine ne se retrouve pas tout le temps malmenée. Ces tigresses savent se montrer tendres et langoureuses mais le bilan vire plutôt à l’amer.

© Alexandre Ah Kye
© Alexandre Ah Kye

La défonce à l’alcool et la fumette ou l’acquisition d’un chat apparaissent comme autant de palliatifs dérisoires pour ces amazones mises à rude épreuve. Elles peuvent heureusement compter sur une amitié sororale infaillible pour partager leurs coups de gueule. La brillante idée du metteur en scène d’opérer un triplement des voix permet d’amoindrir la forme monologuée de la pièce et de créer un système d’échos fragmentés particulièrement réussi. Ces trois Grâces se complètent, finissent la réplique de l’une puis de l’autre, miment les mêmes gestes et se consolent.

Magali Bros, Pauline Devinat et Aude Kerivel forment un ravissant trio de femmes guerrières abîmées par les coups durs. En rose et noir, elles s’affairent telles des abeilles à tenter de surmonter leurs peines de cœur. En chantant ou en parlant, ces Furies borderline tranchent dans le vif du sujet avec une belle vivacité. Dans une scène de danse dionysiaque, elles s’élancent dans un geste d’hubris salvateur : insolentes, provocantes mêmes, elles aguichent le public dans un faux strip-tease absolument délicieux.

La langue contemporaine et crue de Xavier Durringer constitue ainsi une ode à la liberté féminine et un hommage résolument moderne aux femmes. Les trois jeunes actrices offrent un portrait pétri de contradictions mais touchant de ces trois chipies malmenées par la vie à deux mais qui rêvent d’enfin se poser. À voir en couple, en famille ou même avec vos ex ! ♥ ♥ ♥ ♥

© Alexandre Ah Kye
© Alexandre Ah Kye

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