Visuel-Victor-PiersonLassés des one-man-show vulgaires et bâclés ? Envie de mêler rire et poésie ? Une solution s’impose : foncer voir le spectacle du jeune Victor Pierson à l’Auguste-Théâtre. Intitulé Victor Pierson termine toujours ce qu’il a C, ce tourbillon comique, fin et intelligent fait la part belle aux jeux de mots et met la barre haute niveau écriture. À coup sûr, cet humoriste se fera vite une place au soleil dans le monde impitoyable de l’humour.

L’artiste fait son entrée sur scène l’air chafouin et timide. Rempli de trac, il essaye de meubler la conversation et de provoquer des éclats de rire de-ci de-là. Jouant à fond la carte de l’intello-bobo-drôle, Victor Pierson semble se moquer de son allure de dandy maladroit. Et ça marche dès cette introduction risquée mais dont la drôlerie un peu maso fait mouche.

Le jeune âge de ce talent prometteur aurait pu laisser croire à une succession de vannes faciles tournant autour du sexe et autres vulgarités. Détrompez-vous. La plus grande force de ce one provient de la capacité du prodige à se transformer en troubadour de l’humour et à ne jamais verser dans une facilité graveleuse. Le débit-mitraillette de ses bons mots flirte parfois avec la démesure mais tant mieux finalement. Cette déferlante de jeux d’esprit se déverse à une vitesse telle qu’il faut parfois plusieurs secondes avant de se rendre compte de la trouvaille proférée ! Impossible de toutes les citer mais petit florilège pour le plaisir : sketchs hachés ; les trous noirs sont troublants ; imitant un crocodile, je l’accoste… Toujours à propos, ces traits comiques régalent les sens et subjuguent le public, ébahi devant tant de maîtrise de la richesse de la langue française. Le sketch final accumule les expressions figées liées au corps dans un enchaînement proprement virtuose : du grand art.

© Carla Legendre
© Carla Legendre

Au niveau des thématiques exploitées, Victor Pierson s’amuse à ne pas suivre une voie toute tracée et déambule à travers un patchwork de sujets : des commentateurs sportifs en passant par le dragueur beauf ou le prof de ZEP blasé (succulentes réécritures des Fables de la Fontaine d’ailleurs). On pourrait lui reprocher un manque de liant et de cohérence dramatique mais le jeune homme passe d’un sketch à l’autre avec le même aplomb. Fonctionnant sur les digressions, son show s’appuie sur des morceaux de bravoure épique conjuguant à la fois un quotidien bien banal et des fulgurances poétiques dignes d’un Racine. Qu’on songe à cette joute oratoire versifiée entre le comique et sa petite sœur dont l’enjeu est un menu Best of au Mc Do pour s’en convaincre.

Le sketch de rappel, entièrement mimé, brille par sa finesse : quelle meilleure façon de conclure un spectacle principalement fondé sur les ressources comiques du langage que de jouer un numéro entièrement muet ? Joli pied de nez.

Si vous voulez vous surprendre à découvrir les potentialités insoupçonnées et drôlissimes du discours, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Victor Pierson saura vous accueillir avec beaucoup de chaleur et d’énergie dans un one-man-show délicieusement charmant, rondement mené et savamment écrit. Une belle réussite ! ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

© Carla Legendre
© Carla Legendre
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