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Nostalgique de vos lectures d’enfance ? Le Théâtre Ranelagh offre une savoureuse madeleine de Proust avec Comtesse de Ségur née Rostopchine, une création de Joëlle Fossier centrée autour de la vie de cette incroyable femme de lettres, aventurière et insatiable curieuse. L’ancienne sociétaire du Français, Bérengère Dautun, se démène sur scène avec un abattage malicieux dans une multitude de rôles. Cependant, le jeu de l’actrice, aussi convaincant soit-il, ne masque pas les partis pris d’écriture parfois artificiels et une mise en scène vieillotte.

La Comtesse de Ségur s’est imposée au fil des siècles comme un écrivain mythique de la littérature de jeunesse. Ayant bercé pendant des générations une foule de bambins avides de suivre Les Malheurs de Sophie, cette enchanteresse des mots conserve une image traditionnelle de bonne grand-mère, prévenante et câline. Même si cet aspect de sa personnalité s’avère juste, il cache la flamme contestataire et rebelle de la Comtesse.

Le spectacle de Joëlle Fossier s’évertue à dévoiler la facette fougueuse de la Comtesse de Ségur. L’auteur déroule la vie de cette femme à travers une chronologie linéaire permettant une immersion pédagogique et agréable dans cet univers mouvementé. Fille d’aristocrates, la jeune Sophie grandit à Moscou dans un palais fabuleux. Adulant son père mais craignant sa mère, une horrible mégère sadique, la petite fille est contrainte à l’exil suite à l’invasion napoléonienne. Installée à Paris, Sophie devenue adolescente, découvre les folles fêtes de la ville et s’amuse sans compter. Elle y rencontre son futur mari, Eugène de Ségur. Le mariage est malheureux, l’époux volage et méprisant. Décidant de fuir cette vie mondaine, la Comtesse s’échappe dans son château de Normandie et se consacre à ses enfants et à son jardinage, jusqu’à ce qu’une terrible dépression la cloue au lit plus de treize ans. L’écriture sera alors sa rédemption et la gloire littéraire viendra sur le tard, à plus de cinquante ans passés.

Sacrée ambition de vouloir restituer une existence si riche en une heure à peine. Joëlle Fossier nous entraîne dans la « perception intime d’une femme d’exception. ». L’écriture se montre plutôt fluide, on en apprend plus sur la vie de la Comtesse sans trop de didactisme. Néanmoins, l’auteur a cru bon de raccrocher sa pièce à l’actualité en établissant un parallèle entre l’époque révolutionnaire vieille de plus deux siècles et notre contemporanéité. Cette métalepse contextualisante navre par sa maladresse et son ineptie. Bérengère Dautun coupe son récit en s’adressant au public et en déplorant l’omniprésence des technologies alors qu’il y a deux siècles, on s’amusait d’un rien… Pour combler le tout, la mise en scène de Pascal Vitiello semble dater d’un autre temps. Plombée par des effets de lumière peu ingénieux et par d’horribles photographies encadrées et projetées sur un fond noir (venant, si on ne l’avait pas compris, illustrer lourdement les propos sans aucune poésie ni recherche), Comtesse de Ségur, née Rostopchine, pâtit d’un manque d’élégance scénique.

Heureusement que la lumineuse Bérengère Dautun irradie sur scène ! Tour à tour malicieuse, puis apeurée, assoiffée de connaissances, maternelle et gaffeuse, la comédienne donne vie aux différents âges de la Comtesse avec le même investissement. On sort plein de compassion envers cette gamine abandonnée par sa mère dans les bois et à la merci des loups ; on tremble lors de l’incendie de Moscou ; on s’émerveille de l’amour qu’elle porte à ses enfants. Le parti pris de mettre l’actrice seule sur scène n’allait pas forcément de soi mais elle est épatante dans le rôle du père affectueux, de la mère rigide, de l’époux frivole ou des enfants tendres. Les inflexions de sa voix changent en fonction des personnages et le public ne se perd jamais dans ce fourmillement de rôles.

Finalement, Comtesse de Ségur, née Rostopchine constitue un voyage plaisant dans l’univers loin d’être rose de cette femme de caractère. Portée par une Bérengère Dautun pleinement investie et nuancée, la pièce ne parvient cependant pas à emporter l’adhésion : la faute à une mise en scène poussiéreuse et à des digressions fâcheuses et inutiles. Pourquoi pas. ♥ ♥

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