latrahisondeinstein2Éric-Emmanuel Schmitt présente dans son Théâtre du Rive-Gauche sa nouvelle création, La Trahison d’Einstein. Cette pièce, portée par le duo Francis Huster/Jean-Claude Dreyfus et centrée sur la tourmente morale du fameux scientifique se révèle décevante à plus d’un titre : écriture inaboutie, raccourcis faciles, scénographie d’une autre époque, mise en scène sans relief ni émotion, tandem inégal… Bref, la pilule est difficile à avaler pour ce spectacle, qui en se voulant très accessible élimine tout enjeu dramaturgique. Dispensable donc.

Einstein, l’un des plus grands cerveaux du siècle dernier, nage en pleines eaux troubles. Au début des années trente, le physicien s’exile aux États-Unis suite à l’éclatement de la guerre. Ne supportant pas l’idée que les nazis puissent se servir de ses découvertes dans le but de créer la bombe atomique, Einstein accepte de trahir ses valeurs et de mettre de côté son pacifisme. Surveillé par un agent du FBI, il supplie les États-Unis de se mettre à leur tour à concevoir une arme de destruction massive qui finira par exploser sur Hiroshima.

La Trahison d’Einstein se concentre donc sur les déchirements intérieurs du physicien. Servant la cause noble de la science et le bien-être qu’elle peut apporter aux populations, Einstein est loin de se douter qu’il a contribué aux plus grandes horreurs de son temps. Pris de remords et de divagations, le physicien se lie d’amitié avec un clochard vivant au bord d’un rivage du New-Jersey. Cette complicité improbable permet au scientifique de s’épancher sans concessions sur ses états d’âme et ses tourments.

© Quentin Haessig
© Quentin Haessig

Éric-Emmanuel Schmitt possède un rythme de production littéraire et dramatique très soutenu. Un peu trop sans doute en égard à cette pièce anecdotique et ennuyeuse. Le tandem semble débiter des platitudes et à aucun moment on ressent cette urgence de la douleur et de la culpabilité. La faute à un texte brouillon, aux dialogues convenus et superficiels. La mise en scène ronronnante de Steve Suissa se veut horriblement lente, sans progression et nos pauvres yeux se ferment irrésistiblement. Pour interpréter Einstein, Schmitt a fait appel à l’un de ses acteurs fétiches, Francis Huster. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce choix est un joli plantage. L’acteur hurle beaucoup trop et son interprétation manque cruellement d’épaisseur et de nuances. Résultat, cet Einstein ne suscite aucune compassion tellement il grogne et se montre désagréable. Dommage pour incarner cet humaniste convaincu… Heureusement qu’en face de lui, Jean-Claude Dreyfus tient la route en vagabond marginal. Malgré une diction parfois incompréhensible, l’acteur irradie dans le rôle du confident-traître avec sa bonhomie naturelle. En contrepoint de ce duo, surgit à de multiples occasions cet agent du FBI fouineur : quelle idée a bien pu piquer Schmitt pour intégrer ce personnage totalement inutile dans l’économie de la pièce ? En outre, son interprète, Dan Herzberg n’est clairement pas crédible. On se croirait dans l’Inspecteur Gadget et sûrement pas dans un film d’espionnage. Mauvaise direction d’acteurs donc pour ce rôle superflu.

Que dire aussi de la scénographie affreuse bien trop chargée pour un si petit plateau ? Des roseaux en plastique, un lac et une forêt en vidéo. une petite cabane encombrent la scène. Sans oublier le ciel étoilé et la pleine lune ! Trop de kitsch tue définitivement le kitsch. Osons le dire, c’est ringard. Steve Suissa opte pour une mise en scène XXL avec moults bruitages, une bande-son sirupeuse et des vidéos marines ou nucléaires d’un mauvais goût douteux. Quand on songe aux merveilles qu’il avait opérées sur The Guitrys ou Miss Carpenter, on ne comprend pas.

Ainsi, si vous comptiez en apprendre plus sur Einstein, passez votre chemin. Ce grand homme aurait mérité un texte à la hauteur. Malheureusement, la pièce de Schmitt ressemble davantage à une conversation anodine dans un café qu’à des considérations graves sur le rôle de la science. Pâtissant de la mise en scène peu inspirée de Steve Suissa, il faut convenir que la bombe atomique se mue en catastrophe scénique. Vous l’aurez compris, on ne vous conseille pas d’aller voir cette Trahison fastidieuse. Préférez, dans le même théâtre, The Guitrys, comédie pétillante et savoureuse avec Claire Keim et Martin Lamotte.

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