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Trois amazones un brin dépressives et agitées foulent les planches du Théâtre Montparnasse, accompagnées d’un Prince pas si charmant et vraiment ronchon. Valérie Lemercier, Pascale Arbillot et Mélanie Bernier tiennent tête à Patrick Catalifo dans Un Temps de chien de Brigitte Buc. Cette comédie contemporaine, loin d’être révolutionnaire dans ses thèmes rabattus, vaut cependant le détour par ses répliques bien senties et surtout par une direction d’acteurs borderline tout à fait réjouissante et symptomatique du surmenage de notre société. Un excellent divertissement qui vous fera passer un délicieux moment, à découvrir au Théâtre Montparnasse.

Trois portraits de femmes se mêlent dans Un Temps de chien : Hélène, la femme d’affaires débordée et freak control ; Gabrielle, la chômeuse sous Lexomil au bout du rouleau et Loulou, la vendeuse en lingère séduisante, rigolote et mante religieuse. Ce trio de chipies mal assorties se retrouve réuni lors d’une tempête de neige dans un bistrot parisien. Les rencontres hasardeuses de la vie les amènent à se confier sur leurs petits problèmes, sous l’œil misogyne et râleur de Mathieu, le garçon de café.

La pièce de Brigitte Buc, ancrée dans notre temps, se penche sur une multitude de thèmes sociétaux brassés un peu trop rapidement pour être réellement percutants : comment concilier vie familiale et professionnelle lorsque l’on est une femme, la crise du couple, la peur de vieillir, le dérèglement du climat… Des sujets éculés et plus vraiment surprenants. Pour dynamiter ce manque d’originalité thématique, l’auteur a pris soin de soigner son quatuor de bras cassés, notamment dans leurs interactions. Les trois femmes commencent par se jauger, se méfient l’une de l’autre et se lancent des vacheries sans aucun souci. La promiscuité du café les rapproche ensuite et le trio se laisse aller à des confidences et à une solidarité féminine thérapeutique de circonstance. Le serveur, contrepoint viril et cependant sensible, catalyse toute la frustration et tous les fantasmes de ces femmes au bord de la crise de nerfs. Protecteur, méprisant et consolateur, Mathieu va progressivement s’assembler aux trois Grâces.

© Emanuelle Scorcelletti
© Emanuelle Scorcelletti

Un Temps de chien relève d’une épiphanie : traversés par un éclair de lucidité brutal, les personnages se lancent dans une auto-psychanalyse terrible et pleine de désillusions. Leur vie, aussi grise que le temps maussade, s’éclaircit peu à peu grâce à la Fortune. Le rire est noir et traduit un malaise dans notre civilisation. Celui d’un refus d’appliquer l’adage du Carpe Diem et de se laisser consumer par le travail et les compromissions.

Jean Bouchaud s’entoure d’une distribution fantastique pour mener tambour battant cette comédie douce-amère. Valérie Lemercier, en tête, se régale en bourgeoise lessivée jouant avec superbe la diva hautaine vite dépassée par les événements. Elle hurle, se pavane et minaude généreusement, pour le grand bonheur du public. Cependant, son statut de star ne vient pas éclipser les autres acteurs, loin de là. Pascale Arbillot est touchante en dépressive larguée, vêtue d’un informe pull et d’un jean mal coupé. Négligée, l’actrice fait part de son désespoir avec sincérité et cynisme. La benjamine Mélanie Bernier campe avec délice une jeune idiote inculte, énergique. Son personnage est sans doute celui qui reste le plus lucide face à cette tempête et le plus enclin à espérer. Pour compléter ce trio, Patrick Catalifo épate en garçon de café à la franchise mal placée. Habitué à des rôles plus secondaires, comme récemment dans Le Père ou dans Et jamais nous ne serons séparés, l’acteur nous a emballés dans un rôle peu flatteur. Les comédiens s’éclatent sur scène et tant mieux : ils boivent du champagne, fument des joints et dansent dans une ambiance festive.

Ainsi, Un Temps de chien nous entraîne dans un huis-clos comique fortement divertissant, reposant surtout sur un quatuor d’acteurs harmonieux. Parvenant à masquer la faiblesse thématique de la pièce, les comédiens s’en donnent à cœur joie dans cette comédie sans temps mort. À ne pas manquer. ♥ ♥ ♥ ♥

© Emanuele Scorcelletti
© Emanuele Scorcelletti
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