134Au Lucernaire, un conte peu connu de la Comtesse de Ségur embarque toute la famille dans une odyssée burlesque et trépidante : Un Bon Petit Diable revisité par Rébecca Stella aborde des sujets douloureux tels que le rejet familial, la maltraitance et l’injustice par le biais de l’humour et de l’enchantement. L’esthétique cinématographique de cette adaptation se veut divertissante, bien conçue et maîtrisée. Servie par un trio d’acteurs qui ont de l’énergie à revendre, ce Bon Petit Diable mérite assurément le détour.

Le héros de cette histoire se prénomme Charles : battu par sa cousine l’horrible Mac’Miche, le pauvre enfant rêve de prendre sa liberté et de s’enfuir avec sa fidèle Betty, la gouvernante. Entravé par la méchanceté de la sorcière, le petit garçon se met à lui jouer des tours dans le but de conjurer cette carence affective. Il est ensuite envoyé dans une pension pour le moins rigide où le maître se révèle cruellement sadique. Après bien des péripéties, Charles récupère son héritage et part vivre chez ses parentes Daikins.

Ce conte sombre de la Comtesse de Ségur renvoie à des manières d’éduquer vieilles de deux siècles mais toujours malheureusement présentes dans nos sociétés. Le thème de la maltraitance familiale reste un sujet brûlant et la méchanceté est loin d’avoir disparu. L’auteur focalise cette brutalité à travers deux figures de vilains : la mère Mac’Miche, effrayante d’avarice et stupidement superstitieuse et le maître d’école, frustré et d’une discipline de fer. L’image de l’innocence et de la révolte, campée par le jeune Charles, offre un combat titanesque et d’abord inégal entre une créature démiurge et démoniaque et un enfant misérable vivant dans un placard. La fin est évidemment heureuse mais il n’empêche que cette histoire glace le sang par bien des aspects.

Rébecca Stella a pris le parti de condenser Un Bon Petit Diable en une heure seulement. Se concentrant donc sur l’essentiel des scènes clé, la metteur en scène propose une version rythmée, colorée et cinématographique du conte. Menée tambour battant par un trio d’acteurs survoltés, la pièce renvoie à Matrix avec le slow motion, à Mary Poppins pour l’utilisation des parapluies ou encore à Beetlejuice pour l’esthétique maniériste des personnages, très maquillés et joliment costumés par les soins d’Alice Touvet. Ces effets sont minutieusement dispersés et n’écrasent jamais le texte.

La clé de la réussite du spectacle tient à l’humour constamment distillé dans l’adaptation. On rit sans cesse en observant les combats entre Charles et Mac’Miche, ou lors de la scène des repas. Caroline Marchetti est absolument époustouflante dans le rôle ingrat de la mégère et du maître. Outrancière jusqu’au moindre geste, la comédienne vise juste à chaque instant. Ludovic Lamaud campe un Charles émouvant et très joueur, joliment complété par une Dounya Hdia enjouée et espiègle comme pas deux.

L’autre point fort de l’adaptation réside dans l’intelligence des références s’adressant à un public plus âgé : on pense à Gollum ou encore à Princesse Sarah, qui est l’une des élèves du maître ! Truffée d’allusions au cinéma, la pièce transforme les adultes en enquêteurs débusquant les moindres indices qui relèvent du septième art. C’est drôle et bien vu.

Ainsi, Un Bon Petit Diable réjouira toute la famille par ses facéties burlesques et poétiques. La mise en scène de Rebecca Stella met bien en valeur le texte et appuie génialement l’humour dans le but de dédramatiser les propos durs du conte. Une façon de se replonger avec nostalgie dans un auteur jeunesse culte et de permettre aux bambins de découvrir une grande femme de la littérature française. Allez-y ! ♥ ♥ ♥ ♥

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