Événement au Châtelet : le phénomène Miku Hatsune, véritable idole au pays du Soleil levant, débarque pour quelques représentations seulement en France. Le spectacle, crée en mai dernier à Tokyo, est d’une beauté visuelle renversante et nous plonge dans une virée métaphysique et apocalyptique bien moins kawaï que ne le laisse suggérer l’esthétique de la jeune Vocaloid (logiciel de synthèse vocal). Keiichiro Shibuya, seul sur scène, donne vie à cette poupée mi-humaine mi-machine avec éclat et sensibilité. Un triomphe.

La jeune Miku Hatsune se réveille difficilement, sa mémoire se révélant vacillante. Qui est-elle ? Que fait-elle là ? L’idole des Japonais s’avère être une Vocaloid, une voix créée par un logiciel et aux traits humains. Ne parvenant pas à trouver sa place dans le monde, elle se pose beaucoup de questions notamment sur l’existence, la mort, l’identité.

Prenant à contre-pied le look kawaï typiquement japonais, Keiichiro Shibuya propose un opéra très sombre et violent, qui contraste brutalement avec l’aspect dessin animé manga du spectacle. Accompagnée d’une mascotte-mentor en forme de lapin, la jeune fille aux cheveux bleus, aux yeux en amande et aux robes Marc Jacobs, parcourt ce monde apocalyptique dans l’espoir de trouver sa propre identité. Les corbeaux et les ordures parsèment sa route, ainsi qu’un double bien inquiétant, miroir mortifère de sa propre condition. The End est basé sur une épiphanie : Miku Hatsune vit dans le déni de son état de mortelle jusqu’à ce qu’elle rencontre son double portant un masque à gaz. L’univers concentrationnaire n’est pas loin et l’idole prend tout d’un coup conscience de l’aspect éphémère de la vie.

Dans notre ère dirigée par les nouvelles technologies, comment pouvons-nous rester humains ? C’est à cette question que tente de répondre The End. Le titre programmatique de cet opéra annonce la couleur : le constat n’est pas rose et la fin du monde se couple avec la fin de l’innocence.

Les prouesses techniques du spectacle, conçu uniquement avec des hologrammes projetés sur quatre écrans et dont le son résonne avec cinquante enceintes, donnent le vertige. On écarquille les yeux devant la fluidité des vidéos de YKBX et la précision des images. La beauté de l’opéra est à couper le souffle et la musique de Shibuya, maître de l’électro se montre à la fois calme puis plus survoltée. Les morceaux chantés sont épatants, la Vocaloid pouvant atteindre des notes impossibles à tenir pour les humains.

Seul reproche, qui est quand même de taille : le surtitrage est maladroitement inséré dans le show. On se retrouve à la fois avec la traduction française et anglaise mais aussi avec les voix japonaises et anglaises dans les dialogues. Cette cacophonie vocale reste gênante pour la bonne compréhension du spectacle, difficile de savoir qui parle. La monotonie de la voix anglaise est aussi déplorable et ne restitue pas les intonations de la version originale. Dommage.

Ainsi, malgré un défaut de surtitrage, The End constitue une expérience théâtrale unique. Opéra futuriste très sombre, le spectacle repose sur une vision métaphysique du monde, où les troubles d’identité foisonnent. On sort époustouflés par la puissance visuelle et poétique de show somptueux. Un très joli moment. ♥ ♥ ♥ ♥

the-end-vocaloid-opera

Publicités