Les Folies-Bergère surfent sur la vague des comédies musicales rétro. Après le succès yéyé de Salut les copains, le groupe Lagardère nous plonge dans les années 70, strass, boules à facettes et fêtes inclus dans D.I.S.C.O. Ce divertissement familial et populaire réjouissant permet de réviser ses classiques dans la bonne humeur et de se trémousser au rythme endiablé du répertoire disco durant deux heures trente. Le show est servi par une pléthore de chansons cultes, une mise en scène captivante et bien ficelée et une troupe d’acteurs, danseurs, chanteurs survoltée et vitaminée. Un pur bonheur qui donne la pêche et procure une énergie vivifiante.

Lucie, habilleuse du Disco Club, est une férue de Loto. Lorsqu’elle décroche le gros lot, elle entrevoit enfin la possibilité de réaliser ses rêves. Voulant devenir une reine du disco et être enfin sous les feux des projecteurs, la jeune femme ne s’attendait pas à susciter autant de convoitise et de jalousie… La rançon de la gloire va-t-elle l’éloigner de ses proches ?

Le pitch du spectacle, assez prévisible malgré quelques jolies surprises, n’est qu’un prétexte permettant à la troupe de D.I.S.C.O de dévoiler toutes les ressources de son talent et son irrésistible complémentarité, à commencer par la pétillante Lola Cès. Celle-ci incarne une Lucie pleine de peps, naïve mais déterminée. On avait déjà été conquis par sa malice dans le spectacle pour enfants Les Malheurs de Sophie et par son coffre dans Sister Act au Mogador la saison passée. À la fois timide et rugissante, complexée puis libérée, la jeune artiste nous bluffe par son jeu et la palette d’émotions qu’elle parvient à dégager. Son interprétation de « Femme » de Nicole Croisille et du « Sud » de Nino Ferrer laissent apercevoir une sensibilité à fleur de peau qui prend à la gorge. La chenille se transforme en panthère à paillettes lors de chansons plus énergiques telles que « It’s raining men » ou « Eye of the tiger ».

Flo Maley (l’interprète de François, le fiancé jaloux mais tendrement amoureux) séduit par sa tessiture et les changements de rythme qu’il apporte à des chansons si connues. Le duo qu’il forme avec Lola Cès est complice et carbure à cent à l’heure. Fanny Fourquez (dans le rôle de Candy, la vedette égocentrique et chorégraphe peste du Disco club) hypnotise par ses talents époustouflants de danseuse, notamment sur un « Let’s dance » acrobatique. La belle plante assure également niveau voix et comédie. En ouvrant le spectacle avec un « I will survive », subtil et puissant, l’artiste donne le la d’un show ébouriffant. Jacques Vidal incarne le patron du Disco club, Jean, avec une autorité feinte hilarante tandis que le trio formé par Darling (Melina Mariale), Coco (Sofia Mountassir) et Loulou (Jean-Michel Vaubien) rappelle le chœur antique et produit une harmonie amusée bien sympathique.

L’acteur qui, sans doute, nous a le plus impressionnés se nomme Vincen Heden : dans la peau du personnage complexe d’Estelle, speakrine, présentatrice du loto et bonne fée de Lucie, l’acteur procède à un travestissement ahurissant de justesse. Perché sur des talons vertigineux, il semble tout droit sorti d’une fusion entre Fanny Ardant et Denise Fabre. Distillant une ironie mordante notamment lors de la présentation à mourir de rire des programmes du soir de l’époque, le jeune comédien  insuffle aussi des moments de gravité en abordant le thème de la différence sous un angle certes comique mais sombre à la fois. Sa reprise de « I am what I am » ou sa version tango de « Laisse-moi t’aimer » avec chorégraphie à l’appui nous laissent sans voix. Il incarne également la facette mercantile du disco, lucide sur le pouvoir d’achat que cette musique peut provoquer et en même temps conscient de son pouvoir subversif, qui fait la part belle aux femmes noires et à l’homosexualité. Une excellente performance donc pour ce talent protéiforme.

D.I.S.C.O peut également compter sur la mise en scène soignée et construite de manière fluide et cohérente de Stéphane Jarny. Les morceaux sont insérés de façon logique et cohérente aux discours et aux situations et ne tombent jamais comme un cheveux sur la soupe ou ne sont pas artificiellement  mis bout à bout. On peut penser à « Money, money, money » sur l’aspect « pompe à fric » du disco ou « No more tears » sur le courage de se remettre en selle. Les tableaux et les chansons s’enchaînent avec une rapidité folle, pour notre plus grand plaisir. La scénographie met bien en valeur l’espace, propose des projections kitsch d’un mauvais goût assumé avec brio et le gros budget dont dispose le spectacle se reflète aussi bien dans les costumes scintillants de mille feux et véritablement magnifiques que dans les dispositifs scéniques assez impressionnants.

Le show ne serait rien sans les tubes disco dont tout le monde connaît les paroles. D.I.S.C.O balaie ainsi les morceaux les plus importants de cette période et ce n’est pas moins plus de quarante chansons et interprètes qui sont mis à l’honneur : Boney M, Gloria Gaynor, Donna Summer, Marvin Gaye, The Pointer Sisters, ABBA, Claude François, The Bee Gees etc. Le public se prend instantanément au jeu et toute la salle entame en chœur les chansons, avec un plaisir régressif évident. La leçon de danse drôlissime que la troupe essaye d’enseigner aux spectateurs fonctionne à merveille et un esprit de partage communicatif et merveilleux envahit les Folies-Bergères. On ne s’ennuie jamais une seconde et l’on aimerait rejoindre les artistes sur scène et danser avec eux toute la nuit tellement le spectacle est de haute volée.

Ainsi, D.I.S.C.O ravit les oreilles et la vue et propose un divertissement familial léché, accrocheur et terriblement jouissif. Si vous aimez ce courant musical, il faut foncer tête baissée, vous ne le regretterez pas. On passe un excellent moment en compagnie du Disco Club et l’on ressort avec un moral au beau fixe, bien décidés à affronter la pluie et le froid avec le sourire, « Staying alive » en tête et des étoiles plein les yeux. Un petit bijou !  ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

© Bertrand Vacarisas
© Bertrand Vacarisas
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