Les femmes humoristes ont le vent en poupe en ce moment : Bérengère Krief, Christine Berrou, Charlotte Gabris, pour ne citer qu’elles, comptent désormais parmi les poids lourds de l’humour dans un monde souvent fermé et plutôt masculin.

C’est dans une salle flambant neuve, au Grand Point Virgule, qu’une comédie girly se joue actuellement. Ennemies potiches n°1 revisite de manière inspirée et drôle les films de gangster.

Tout commence dans l’appartement de deux colocataires, Janis et Nina, amies depuis longtemps malgré leurs incessantes chamailleries. Leur vie suit son cours un peu routinier entre activité nocturne pour le moins coquine (Janis est strip-teaseuse) et chômage ponctué de mauvaise humeur et de jalousie (Nina, lesbienne ronchonne vient de se faire plaquer par sa petite amie partie au Brésil tourner un film érotique hétéro…). Mais soudain, on sonne à la porte : Édith, la petite sœur de Nina, débarque suite à la rupture de ses fiançailles et se retrouve à la rue. Les deux sœurs, en froid, se retrouvent forcées de cohabiter. Ce climat tendu atteint son paroxysme lorsque Janis commet une énorme bourde qui va embarquer le trio dans un braquage foireux.

La force de cette comédie tient d’abord et surtout au jeu des actrices, qui incarnent chacune un stéréotype aux ressorts comiques évidents. Ingrid Mareski campe une Janis désarmante de naïveté, de maladresse et, disons-le, de stupidité. Désopilante dans le rôle de la gourde sexy, elle insuffle une bonne humeur communicative à son personnage. Constance Carrelet incarne une Édith aux multiples facettes : de jeune BCBG coincée dans son tailleur rose criard, elle se mue progressivement en Wonder-woman (au sens propre comme figuré) en laissant tomber ses préjugés. L’actrice possède un visage aux mimiques variées et expressives et explose en sœur paumée. Enfin, Karine Dubernet joue une Nina à mourir de rire. Elle illumine de son aura la pièce et domine ses deux camarades de jeu au niveau de l’interprétation. C’est elle qui a écrit la pièce et cela se sent fortement dans son jeu. Elle concourt la plupart du temps au dynamisme de la comédie et constitue son moteur drôlatique. Son faciès offre une gamme d’expressions étonnantes et la comédienne est bluffante en butch rabat-joie au bord de la crise de nerfs. Ses sautes d’humeur, son cynisme et son pragmatisme offrent un contrepoint irrésistible à la folle excitation des deux autres femmes. L’alchimie entre ces différentes personnalités révèle le piquant de la pièce.

Comédie de caractères donc mais aussi comédie de situation. L’autre réussite de la pièce repose sur l’enchaînement dramatique qui ne laisse aucun répit au public. On rigole avec plaisir devant cette histoire complètement surréaliste et improbable. Les bons mots font mouche et les leitmotiv hilarants achèvent de nous convaincre de l’efficacité de cette comédie. On écoutera J.J Goldman différemment après l’avoir vue… Les costumes font mouche. Admirer ce trio de pieds nickelés au féminin préparer leur braquage en costume de super héroïnes est tordant. Cette scène est d’ailleurs l’une des mieux goupillées sur le plan comique.

Les comédiennes s’amusent beaucoup avec le public et l’impliquent dans la pièce. C’est une donnée primordiale dans un spectacle humoristique de donner l’impression aux spectateurs de faire partie de ce qui est en train de se jouer. Gare aux pistolets à eau !

Ennemies potiches n°1 est parfaitement résumée par son titre. Parodie de films de gangsters, cette comédie girly et loufoque n’ennuie jamais et se laisse regarder avec un plaisir gourmand et un peu sadique face à ces trois gourdes tentant maladroitement de se dépêtrer d’une situation fort embarrassante. ♥ ♥ ♥ ♥

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