Tels les cinq doigts de la main, le quintette Cinq de cœur donne le la et entame un périple musical éclectique et riche, passant avec aise des Beatles à Gainsbourg en n’oubliant pas les airs classiques. S’appuyant sur la mise en scène punchy et malicieuse de Pascal Légitimus, Métronome séduit malgré des morceaux et une distribution inégaux.

Cinq personnages se retrouvent embarqués dans une aventure totalement barrée et bourrée de péripéties suite à une panne de métro : un provincial, une suicidaire, une businesswoman, une flic directive et un vieux beauf ringard.

Le canevas du spectacle est réduit à peau de chagrin et aurait sans doute mérité un peu plus de profondeur. Au fond, l’histoire n’est qu’un prétexte pour laisser place à des reprises qui swinguent et qui provoquent un rire franc. La troupe prend un plaisir fou sur scène et s’amuse à revisiter des chansons connues adaptées à la situation : Born to be alive et I love rock’n’roll sont ingénieusement transposées dans notre langue, I’m calling you résonne comme un appel de détresse, Je t’aime moi non plus est déclamé par un couple improbable… Et encore, on ne donne ici qu’un maigre échantillon du festival qui vous attend. La diversité des chansons ravit les yeux et les oreilles et convient parfaitement au road trip souterrain que vivent les cinq personnages.

Ceux-ci possèdent d’ailleurs un caractère bien trempé en parfaite adéquation avec leurs chansons. Le beauf, animateur dans des mariages ou des enterrements , entonne avec fougue les tubes d’Hervé Vilard ; la flic rigide déloge sans ménagement des sans-papiers en parodiant la célèbre chanson de Régine… Une certaine cohérence se dégage donc des chansons choisies.

La mise en scène de Pascal Légitimus regorge de trouvailles astucieuses telles que l’utilisation de la vidéo dans un détournement humoristique qui fait mouche. On pense surtout à la parodie délirante de Pacman. D’autres effets scéniques comme l’usage de marionnettes ou le slow motion à la Matrix sont vraiment bien trouvés.  Le groupe n’hésite pas à exécuter quelques chorégraphies sympathiques mais l’élément principal reste bien entendu la voix, ciselée avec nuance a cappella. Les interprètes sont pour la plupart très convaincants et démontrent une puissance vocale surprenante. Pascale Costes, petite femme frêle incarnant une dépressive dérangée, s’impose face à ses partenaires. À l’inverse, Sandrine Mont-Coudiol semble moins à l’aise lorsqu’elle chante bien qu’elle excelle dans l’interprétation de son personnage mal luné. Un autre problème se pose par rapport au registre des chansons : autant la troupe chante avec jubilation et bonheur des airs endiablés et gais, autant elle trébuche dans l’émotion qui ne colle pas à l’ambiance générale du spectacle.

Ne boudons pas notre plaisir : Cinq de cœur – Métronome se révèle être un agréable divertissement déjanté et pêchu malgré quelques disharmonies. La magie opère et on passe un très bon moment. Dans le même genre, on vous conseille sans hésitation Operetta au théâtre Antoine. Fuyez la morosité estivale et laissez-vous entraîner au rythme d’une musique effrénée ! ♥ ♥ ♥

© B. Fanton-Wikispectacle
© B. Fanton-Wikispectacle
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