Après un triomphe au Off d’Avignon l’année dernière et au Théâtre 13, Le Porteur d’Histoire a posé ses valises à la petite salle de la Comédie des Champs-Élysées pour nous emporter dans un tourbillon théâtral, mêlant fiction et réalité avec grand art.

Qu’est-ce-qu’une histoire ? C’est à cette vaste question que tente de répondre la pièce du jeune et prometteur Alexis Michalik. Cinq acteurs vêtus d’un simple débardeur blanc et d’un pantalon noir font face au public, assis. Cinq voix pour nous transmettre un fil tissé d’histoires. Décor dépouillé, peu d’effets de mise en scène, l’essentiel est ailleurs. Il se trouve dans la puissance d’incarnation de ces cinq formidables comédiens, habités par leur rôle. On peut s’interroger sur la raison du succès de cette pièce. Elle n’est pas à chercher bien loin : le public est en quête de divertissement et quoi de mieux qu’une histoire captivante pour ne pas sombrer dans l’ennui ?

Quelle est cette histoire justement ? Dans les Ardennes, Martin Martin part enterrer son père. En trouvant sur les lieux un carnet manuscrit vieux de plus de deux cents ans, il va se téléporter à travers les époques et les continents. Quinze ans plus tard,  une mère et sa fille disparaissent sans laisser de tracer dans une Algérie désertique.

© Alejandro Guererro
© Alejandro Guererro

Le pitch de la pièce n’est que le début d’une odyssée bien plus vaste.  L’un des traits de génie du Porteur d’Histoire réside sans aucun doute dans sa construction brillante et intelligente. Cette pièce, à la fois mise en abyme, métatexte sur l’art du récit,  construction en poupées russes, provoque un étourdissement réjouissant. Le récit cadre assumé par  le porteur d’Histoire (formidable Éric Herson-Macarel) est le prétexte à une plongée dans la création fictionnelle. Comment bâtir une histoire efficace et entraînante ? Comment réussir à divertir un public ? La pièce répond à ces interrogations en temps réel et nous sommes le public cobaye.

Michalik ne craint pas de nous faire traverser les siècles et les pays en fondant le réel au fictionnel. C’est ainsi que nous nous retrouvons en Algérie en 2001, dans les Ardennes en 1986 et au XIXème s etc. On croise aussi bien Martin Martin que Marie-Antoinette, Dumas ou Delacroix. L’auteur s’amuse à perdre le spectateur et à semer la confusion dans son esprit. On se demande sans arrêt ou s’arrête la fiction et où commence le réel. L’exemple d’Adelaïde de Saxe de Bourville est une parfaite incarnation de cette indécision : amie de Dumas ou invention de l’écrivain ?

Les récits enchâssés s’emboîtent avec naturel et subtilité : les acteurs sont synchrones et passent sans transition d’un rôle à l’autre avec aisance. Michalik nous questionne sur la fonction que l’on veut attribuer à la fiction et par dérivation au théâtre : divertir, instruire, faire réfléchir ?

Sans être didactique, Le Porteur d’histoire s’apparente à une démonstration magistrale sur la magie de la fiction. Le public devient élève et écoute religieusement ces interprètes sensationnels. Saluons Amaury de Crayencour, Évelyne El Garby Klai, Magali Genoud, Éric Herson-Macarel et Régis Vallée qui endossent avec plaisir et inventivité des dizaines de rôles.

Bravo pour cette pièce maligne, drôle, émouvante et captivante, c’est une belle réussite. Un succès plus que mérité !       ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

© Alejandro Guererro
© Alejandro Guererro
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