La présence à l’affiche d’Amanda Lear au casting d’une comédie est synonyme de succès. Après Lady Oscar et Panique au ministère, l’exubérante comédienne enfile son tablier et nous concocte un personnage borderline et mégalo aux petits oignons. La recette magique de ce délicieux spectacle tient surtout au talent d’écriture comique du jeune Jean Robert-Charrier, directeur de la Porte Saint-Martin et de la Madeleine, qui signe une pièce habilement écrite ; à la mise en scène nette et rythmée de Nicolas Briançon et évidemment au talent des cinq comédiens, tous brillants à leur façon.

Claire Bartoli, Divina pour les intimes, règne en maître sur le paysage audiovisuel. Faisant la pluie et le beau temps dans la profession, cette présentatrice vedette d’une grande chaîne de télévision nationale, à l’ego surdimensionné, ne s’attendait surement pas à se voir licenciée. Une fois le choc digéré, Divina tente à tout prix de conserver une émission et ce même si c’est sur la TNT, que c’est un programme culinaire et que son ex en est le producteur…

La pièce semble tailler sur mesure pour la fantasque Amanda Lear. La comédienne virevolte avec aise sur scène et l’on attend avec impatience sa première apparition, ménagée par un assistant et un styliste en proie à une panique hilarante. Craquante en vamp médisante, ensorcelante en vipère égoïste, la femme à la voix grave s’éclate sur scène comme d’habitude. Ses mots d’esprit acides font mouche et l’on guette ses répliques assassines avec une attention farouche.

Elle aurait pu s’accaparer la part du lion et laisser les os au reste de la troupe mais le texte de Jean Robert-Charrier dessine avec précision et amplitude les seconds rôles, mis en valeur par la mise en scène de Nicolas Briançon. Chacun a son quart d’heure de gloire et ils créent ensemble une osmose comique charmante à voir. Mathieu Delarive, parfait playboy, est cocasse en producteur culinaire au bord de la crise de nerfs. Le duo qu’il forme avec Amanda Lear joue sur le chaud et le froid et réserve de belles scènes d’attirance/répulsion. Guillaume Marquet incarne un assistant à la lourdeur et à la maladresse maladive, aux excès pathétiquement drôles et Thierry Lopez est proprement démentiel en styliste overlooké, clone masculin de Cristina Cordula célèbre pour ses « Ma Chérie » légendaires.

La vraie bonne surprise provient de la performance de Marie-Julie Baup, excellentissime dans le rôle de l’assistante paumée et rongée par le stress qui ne comprend pas que le chocolat est un ingrédient nécessaire pour un gâteau au chocolat… Complètement décalée dans son rôle de bobonne effacée mais cependant très jalouse et prête à péter les plombs à tout instant, l’actrice sait aussi jouer sur les contrastes et provoque un crise de fou rire en apparaissant métamorphosée en aguicheuse possessive, déterminée à tout risquer pour reconquérir son équipier, l’ex de Divina…

La mise en scène et la scénographie regorgent de bonnes idées comme ce plateau modulable représentant à la fois le bureau de Divina puis le plateau de télévision de l’émission de cuisine. Ou bien encore cet écran reproduisant les contours d’un smartphone et qui permet de matérialiser le visage des correspondants d’une conversation téléphonique… Briançon sait diriger ses comédiens et chacun sait où il doit aller.

Un autre point remarquable concerne les costumes magnifiques de Jean-Paul Gautier : les tenues extravagantes du styliste Eros rivalisent à la fois de vulgarité et de cohérence ; les tenues de Divina sont sublimes et la robe salade de l’assistante Émilie est d’une originalité folle.

Le spectacle réserve quelques scènes particulièrement réussies notamment quand Amanda Lear prend l’accent de Maïté pour préparer des pâtes aux brocolis… Ou lorsqu’à la fin, les personnages racontent ce qu’est devenue leur vie avec un caméscope. Les allusions à Camus et Barma dans le rôle de producteurs vaches n’ont pas fini de nous ravir par leur autodérision.

Une petite réserve toutefois : les moments un peu plus émouvants de la pièce (notamment la confrontation entre Divina et son ex Baptiste) ne prennent pas vraiment car trop rapidement insérés dans des moments continuellement comiques.

Cependant, Divina maintient un rythme soutenu qui multiplie les rebondissements et les échanges musclés : l’ennui ne se fait jamais sentir et l’on suit avec un plaisir manifeste les aventures de cette ancienne gloire devenue has-been et trop fière pour abandonner le combat.

Ainsi, la mayonnaise de Divina prend à merveille et l’on se délecte avec une gourmandise coupable de ce spectacle hautement addictif. Amanda Lear et le reste des comédiens sont sensationnels dans leur rôle. Écrire une première œuvre est toujours compliqué et Jean Robert-Charrier s’en sort haut la main. On espère juste qu’il a d’autres pièces sous la manche… ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

© Pascal Victor
© Pascal Victor
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