Avec plus de sept cents représentations au compteur, Les 39 Marches se sont imposées comme un grand succès populaire. Machine bien huilée, drôle et haletante, cette parodie du film éponyme de Hitchcock est menée tambour battant par un quatuor de comédiens déchaînés.

Reprenant exactement l’intrigue de son illustre modèle, Les 39 Marches version théâtrale constituent une parodie hilarante et savoureuse du film hitchcockien. Richard Hannay se retrouve mystérieusement enrôlé dans une sombre affaire d’espionnage qui le mène en Écosse.

Calquant les clichés du film d’espionnage, qui comprend moultes péripéties et histoires amoureuses, la pièce séduit par sa mise en scène cartoonesque et ingénieuse, complètement décalée. Tex Avery tape l’incruste et transforme l’ambiance originellement très noire du film en une récréation visuelle. Mention spéciale aux décors bricolés avec trois fois rien et qui provoquent l’émerveillement du public, ramené à des plaisirs enfantins. On pourrait citer l’estrade qui se change en volant, les jeux d’ombres chinoises mimant le périple de Hannay ou les bandes de tissu bleu figurant des chutes d’eau et un torrent. Éric Métayer n’a pas lésiné sur l’imagination pour provoquer le rire et l’enchantement. Finalement, peu de moyens suffisent pour être réussis et suggestifs.

Le jeu outrancier et kitsch des comédiens est assumé et emporte l’adhésion du public qui rit de bon cœur toute la soirée. Christophe Laubion est impeccable dans le rôle du antihéros malchanceux et un brin ringard. Roland Marchisio et Éric Métayer forment la paire de bouffons comiques. Andréa Bescond complète la bande, ravissante en potiche délicieusement écervelée et désopilante en agent secret allemande.

Un quatuor pour jouer cent cinquante rôles est une gageure relevée haut la main tellement les acteurs sont à l’aise dans leur interprétation, virevoltant avec malice d’un personnage à l’autre  dans un rythme effréné au moyen d’un changement de costumes quasi instantané. Fermière, agent secret, policier, gérant d’hôtel, voyageur, boue même : les rôles s’enchaînent sans répit et la progression de l’intrigue s’avère passionnante. Quelques métalepses viennent briser l’illusion fictionnelle et nous rappellent que nous sommes bien au théâtre. Ces irruptions du réel ne constituent pas un effet comique novateur mais sont les bienvenues pour déstabiliser le public.

Les clins d’œil au maître du cinéma sont légion. Outre la reprise de l’intrigue des 39 Marches, la musique angoissante de Psychose se fait entendre et la pancarte « Hôtel » nous fait penser à Norman Bates et à sa mère défunte. La parodie de ces personnages emblématiques est vraiment inspirée car ils sont devenus… des gérants d’hôtel écossais à l’accent marseillais. Fous rires garantis. La présence d’oiseaux inquiétants posant leur pattes sur le dessus d’un porte rappelle évidemment le film culte Les Oiseaux.

Les 39 Marches ne dégringolent donc absolument pas les escaliers et surprennent par leur inventivité et leur mise en scène imagée et ludique. Les comédiens sont épatants dans les multiples rôles qui leur sont confiés. En bref, on passe une excellente soirée avec cette comédie hautement divertissante. ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

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